Saga. Le Corbusier

Genre
Roman
Année de parution
2009
ISBN
978-2-88241-245-4
Nb. de pages
192

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Revue de presse
10

Le patient du Dr Hirschfeld

L’écrivain vaudois convainc avec sa Saga. Le Corbusier . Paradoxalement, parce qu’après avoir lu cette litanie de fragments biographiques, le mystère persiste.
Mystère et boule de gomme. Le Corbusier n’a toujours pas livré tous ses secrets. Le personnage conserve ses zones d’ombre, ses motivations profondes pas toujours évidentes, son aura. Mais, paradoxalement, le récit que lui consacre Nicolas Verdan est plutôt convaincant. Saga. Le Corbusier s’articule comme une litanie de fragments biographiques du génial architecte. Et pour ce faire, l’écrivain, né à Vevey en 1971, a potassé les écrits du maître et une forte pile d’ouvrages consacrés à son architecture et à sa vie.
Litanique, cette saga l’est assurément par le choix délibéré du «vous» auquel s’adresse l’écrivain. Vous, Le Corbusier, avez vécu comme ceci, comme cela. Avez dit ceci, dessiné cela, vous avez révolutionné l’architecture puis fréquenté les puissants non sans arrogance. Vous vous êtes fourvoyé dans les miasmes de Vichy en y espérant la gloire. Vous y avez peint, médité. Vous avez fini dans un petit cabanon d’une intrigante modestie, bâti par vos soins au bord de la mer. Dans laquelle vous êtes décédé d’un malaise et l’on ne saura jamais si vous vous y êtes abandonné.
Tout, dans le désordre
Tout y est, dans le désordre fragmentaire. Le goût des femmes, la pratique du métier, et surtout cette motivation du changement radical qui lance votre carrière. Paradoxes, assurément. Nicolas Verdan note: «Vous relisez Nietzsche dans un parc: Vous brûlerez ce que vous avez aimé, vous adorerez ce que vous brûliez.»
Et puis encore: «Vous le savez, l’heure approche où vous lutterez contre ceux que vous avez aimés. Ils devront vous rejoindre, en avant, sinon vous ne saurez plus les aimer.» La solitude pourrait donc tenir lieu de fil rouge à cette saga du Corbusier. Être toujours en avant, ailleurs, souvent incompris, mais sollicité, intransigeant. Cette dimension qui ressort du texte de Nicolas Verdan est sans doute la plus intéressante, car elle colle bien à ce que l’on sait de la vie du Corbu.
Le goût pour les corps
Dont Verdan ne fait pas un strict automate de la machine à habiter. Au contraire, il y a beaucoup de sensualité, d’érotisme, de goût pour les corps dans l’évocation de l’existence de privée de l’architecte. Nicolas Verdan: «Vous êtes le Minotaure, découvrant le jour entre les cuisses de Pasiphaé. Vous êtes le mâle et la femelle, l’animal et la bête, l’homme et la femme, le soleil et la lune. Éternelle déchirure.»
Il y a de la fascination dans ce litanique hommage. Car c’en est un. Il suffit de lire les très belles pages où Nicolas Verdan «chronique» la conception de la chapelle de Ronchamp pour y sentir l’admiration pour celui qui trace un plan «en riposte» au paysage et quasiment à Dieu.
Voilà. Le voyage se termine en moins de deux cents pages. Une avalanche d’images zappées, de bribes de discours. On y retrouve toute la force étrange de l’homme pressé de changer le monde. On n’y a en rien percé le mystère de la volonté du Corbusier. Saga. Le Corbusier demeure un exercice d’admiration évitant l’hagiographie, un intéressant carnet de croquis et de notes. À l’opposé de la biographie, peut-être, pour écrire que toute vie est intraduisible dans la lisse chronologie de la prose. Qu’il faut y glisser toujours un peu de poésie.

Le patient du Dr Hirschfeld

L’écrivain vaudois convainc avec sa Saga. Le Corbusier . Paradoxalement, parce qu’après avoir lu cette litanie de fragments biographiques, le mystère persiste.
Mystère et boule de gomme. Le Corbusier n’a toujours pas livré tous ses secrets. Le personnage conserve ses zones d’ombre, ses motivations profondes pas toujours évidentes, son aura. Mais, paradoxalement, le récit que lui consacre Nicolas Verdan est plutôt convaincant. Saga. Le Corbusier s’articule comme une litanie de fragments biographiques du génial architecte. Et pour ce faire, l’écrivain, né à Vevey en 1971, a potassé les écrits du maître et une forte pile d’ouvrages consacrés à son architecture et à sa vie.
Litanique, cette saga l’est assurément par le choix délibéré du «vous» auquel s’adresse l’écrivain. Vous, Le Corbusier, avez vécu comme ceci, comme cela. Avez dit ceci, dessiné cela, vous avez révolutionné l’architecture puis fréquenté les puissants non sans arrogance. Vous vous êtes fourvoyé dans les miasmes de Vichy en y espérant la gloire. Vous y avez peint, médité. Vous avez fini dans un petit cabanon d’une intrigante modestie, bâti par vos soins au bord de la mer. Dans laquelle vous êtes décédé d’un malaise et l’on ne saura jamais si vous vous y êtes abandonné.
Tout, dans le désordre
Tout y est, dans le désordre fragmentaire. Le goût des femmes, la pratique du métier, et surtout cette motivation du changement radical qui lance votre carrière. Paradoxes, assurément. Nicolas Verdan note: «Vous relisez Nietzsche dans un parc: Vous brûlerez ce que vous avez aimé, vous adorerez ce que vous brûliez.»
Et puis encore: «Vous le savez, l’heure approche où vous lutterez contre ceux que vous avez aimés. Ils devront vous rejoindre, en avant, sinon vous ne saurez plus les aimer.» La solitude pourrait donc tenir lieu de fil rouge à cette saga du Corbusier. Être toujours en avant, ailleurs, souvent incompris, mais sollicité, intransigeant. Cette dimension qui ressort du texte de Nicolas Verdan est sans doute la plus intéressante, car elle colle bien à ce que l’on sait de la vie du Corbu.
Le goût pour les corps
Dont Verdan ne fait pas un strict automate de la machine à habiter. Au contraire, il y a beaucoup de sensualité, d’érotisme, de goût pour les corps dans l’évocation de l’existence de privée de l’architecte. Nicolas Verdan: «Vous êtes le Minotaure, découvrant le jour entre les cuisses de Pasiphaé. Vous êtes le mâle et la femelle, l’animal et la bête, l’homme et la femme, le soleil et la lune. Éternelle déchirure.»
Il y a de la fascination dans ce litanique hommage. Car c’en est un. Il suffit de lire les très belles pages où Nicolas Verdan «chronique» la conception de la chapelle de Ronchamp pour y sentir l’admiration pour celui qui trace un plan «en riposte» au paysage et quasiment à Dieu.
Voilà. Le voyage se termine en moins de deux cents pages. Une avalanche d’images zappées, de bribes de discours. On y retrouve toute la force étrange de l’homme pressé de changer le monde. On n’y a en rien percé le mystère de la volonté du Corbusier. Saga. Le Corbusier demeure un exercice d’admiration évitant l’hagiographie, un intéressant carnet de croquis et de notes. À l’opposé de la biographie, peut-être, pour écrire que toute vie est intraduisible dans la lisse chronologie de la prose. Qu’il faut y glisser toujours un peu de poésie.

Jacques Sterchi
La Liberté

Le patient du Dr Hirschfeld

Nicolas Verdan ne manque pas de culot ni de souffle. Se couler dans la peau d’un personnage aussi considérable et compliqué que Le Corbusier prenant son dernier bain et voyant toute sa vie défiler avant de se noyer, relevait en effet d’un sacré défi.
Or, à un détail près, lié à l’absence de toute date permettant de situer les épisodes, Saga. Le Corbusier nous semble une éclatante réussite, autant du point de vue de la ressaisie concentrée et vivante d’une vie en nuances et saveurs, que par son écriture juteuse, qui fait découvrir un Corbu protéiforme, créateur despotique, opportuniste à proportion de ses besoins de grand bâtisseur (ses complaisances alternées envers les Soviets et Vichy), grand consommateur de chair féminine, au dam de son épouse, Yvonne, plus ou moins résignée, et garçon caqueux devant sa «petite maman». Avec beaucoup d’habileté (la façon de son personnage de s’adresser à lui-même, par une subtile distance) et de magnifiques évocations (d’Alger à Rio, ou de l’Inde à New York), l’auteur vivifie une importante documentation sans en laisser rien paraître. Belle avancée dans son travail. Lecture prenante vers le grand large...

Le patient du Dr Hirschfeld

Nicolas Verdan ne manque pas de culot ni de souffle. Se couler dans la peau d’un personnage aussi considérable et compliqué que Le Corbusier prenant son dernier bain et voyant toute sa vie défiler avant de se noyer, relevait en effet d’un sacré défi.
Or, à un détail près, lié à l’absence de toute date permettant de situer les épisodes, Saga. Le Corbusier nous semble une éclatante réussite, autant du point de vue de la ressaisie concentrée et vivante d’une vie en nuances et saveurs, que par son écriture juteuse, qui fait découvrir un Corbu protéiforme, créateur despotique, opportuniste à proportion de ses besoins de grand bâtisseur (ses complaisances alternées envers les Soviets et Vichy), grand consommateur de chair féminine, au dam de son épouse, Yvonne, plus ou moins résignée, et garçon caqueux devant sa «petite maman». Avec beaucoup d’habileté (la façon de son personnage de s’adresser à lui-même, par une subtile distance) et de magnifiques évocations (d’Alger à Rio, ou de l’Inde à New York), l’auteur vivifie une importante documentation sans en laisser rien paraître. Belle avancée dans son travail. Lecture prenante vers le grand large...

Jean-Louis Kuffer
24 Heures

Le patient du Dr Hirschfeld

En 2006, Échenoz nous donnait un étonnant livre intitulé Ravel . Avec une écriture un peu maniérée, élégante, épurée, l’auteur mettait en scène un compositeur dont la petite taille, les complets, les pyjamas et les eaux de toilette le fascinaient. J’avais trouvé très beau ce petit livre tout en me demandant à quel genre il appartenait. Échenoz avait retenu quelques éléments de la bio de Ravel et il en faisait un objet littéraire singulier.
Le livre de Nicolas Verdan qui vient de sortir chez Campiche m’y fait penser. Cette fois, c’est un architecte qui fascine l’auteur: Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier. On le voit entrer dans la mer dont on retirera son corps sans vie et, dans une adresse que je trouve réussie, le narrateur parle à l’oreille du célèbre artiste, évoquant les heures significatives de son existence: voyages aux Indes, en Algérie, aux États-Unis, au Liban, au Brésil, pays où il allait mettre en œuvre ses projets.
“Taillant votre crayon, vous cherchez le bon angle... Vous mesurez, vous calculez, vous trépignez d’impatience, les lunettes embuées par la sueur du front”. On voit les premières automobiles dans les rues d’Athènes. Puis on voit les officiers nazis dans les rues de Paris. Verdan nous montre alors un Corbu stratège mû par une seule considération, celle de son intérêt bien compris, un as de la combinazione libéré des préjugés et de la morale boutiquière, qui traverse les années noires avec habileté, n'oubliant jamais l’objectif à atteindre mais ne voulant pas voir ce qui se passe à Drancy en mars 1943, sachant se rapprocher des “résistants” au moment opportun.
Nicolas Verdan nous montre surtout un créateur habité par son “démon”, allant chercher auprès des négresses, des danseuses et des putains cette inspiration dont il aura besoin pour concevoir et réaliser ses projets les plus audacieux. En effet, le descendant des Cathares dévore la vie avec une énergie et une sensualité qui laissent songeur. Ce sont alors parmi les plus belles pages du livre: odeurs de citron, de iode et d’anis. L’origan, la tomate et le poivron. Le chant des cigales. Le poisson grillé que le lecteur de Don Quichotte et de Zarathoustra partage avec les amis du Cap-Martin.
Dans son Ravel , Échenoz nous présentait, avec une maîtrise incroyable et dans une langue inimitable, un papillon qu’on voudrait fixer dans une boîte. Il esquissait le profil d’un génie insaisissable. Verdan nous fait plutôt entrer dans un nid de flammes, dans un bouillonnant chaudron de rêves, de fantasmes, de pulsions, de désirs et d’ambitions qui justifient, à mon avis, ce titre magnifique: Saga Le Corbusier .

Source

Le patient du Dr Hirschfeld

En 2006, Échenoz nous donnait un étonnant livre intitulé Ravel . Avec une écriture un peu maniérée, élégante, épurée, l’auteur mettait en scène un compositeur dont la petite taille, les complets, les pyjamas et les eaux de toilette le fascinaient. J’avais trouvé très beau ce petit livre tout en me demandant à quel genre il appartenait. Échenoz avait retenu quelques éléments de la bio de Ravel et il en faisait un objet littéraire singulier.
Le livre de Nicolas Verdan qui vient de sortir chez Campiche m’y fait penser. Cette fois, c’est un architecte qui fascine l’auteur: Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier. On le voit entrer dans la mer dont on retirera son corps sans vie et, dans une adresse que je trouve réussie, le narrateur parle à l’oreille du célèbre artiste, évoquant les heures significatives de son existence: voyages aux Indes, en Algérie, aux États-Unis, au Liban, au Brésil, pays où il allait mettre en œuvre ses projets.
“Taillant votre crayon, vous cherchez le bon angle... Vous mesurez, vous calculez, vous trépignez d’impatience, les lunettes embuées par la sueur du front”. On voit les premières automobiles dans les rues d’Athènes. Puis on voit les officiers nazis dans les rues de Paris. Verdan nous montre alors un Corbu stratège mû par une seule considération, celle de son intérêt bien compris, un as de la combinazione libéré des préjugés et de la morale boutiquière, qui traverse les années noires avec habileté, n'oubliant jamais l’objectif à atteindre mais ne voulant pas voir ce qui se passe à Drancy en mars 1943, sachant se rapprocher des “résistants” au moment opportun.
Nicolas Verdan nous montre surtout un créateur habité par son “démon”, allant chercher auprès des négresses, des danseuses et des putains cette inspiration dont il aura besoin pour concevoir et réaliser ses projets les plus audacieux. En effet, le descendant des Cathares dévore la vie avec une énergie et une sensualité qui laissent songeur. Ce sont alors parmi les plus belles pages du livre: odeurs de citron, de iode et d’anis. L’origan, la tomate et le poivron. Le chant des cigales. Le poisson grillé que le lecteur de Don Quichotte et de Zarathoustra partage avec les amis du Cap-Martin.
Dans son Ravel , Échenoz nous présentait, avec une maîtrise incroyable et dans une langue inimitable, un papillon qu’on voudrait fixer dans une boîte. Il esquissait le profil d’un génie insaisissable. Verdan nous fait plutôt entrer dans un nid de flammes, dans un bouillonnant chaudron de rêves, de fantasmes, de pulsions, de désirs et d’ambitions qui justifient, à mon avis, ce titre magnifique: Saga Le Corbusier .

Source

Antonin Moeri
Blog

Le patient du Dr Hirschfeld

La saga de Corby le visionnaire
De nombreuses choses, dans le dernier roman de Nicolas Verdan, arrivent dans le désordre, se télescopent, s’imposent rapidement, s’interrompent, reprennent plus loin ou sont oubliées, glissent, convergent toutes enfin vers un seul point: ce matin d’août 1965 où Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier, va prendre un ultime bain dans cette mer qu’il a toujours aimée. Avant de mourir, il se souvient.
Nicolas Verdan, né en 1971, est journaliste et écrivain. Avec Saga. Le Corbusier , son troisième roman, il propose une lecture originale de la vie de l’un des plus fameux architectes du XXe siècle. Qu’on ne s’y trompe pas: ce texte n’emprunte rien (ou pas grand-chose) au genre «biographie d’homme célèbre». Si l’on y trouve bien certains épisodes incontournables (la naissance à la Chaux-de-Fonds en 1867, Yvonne, les maîtresses, et puis l’œuvre, aussi bien architecturale que picturale et littéraire), on y voit surtout se dessiner un personnage étrange, et à vrai dire pas franchement sympathique, par trop distant, froid, orgueilleux peut-être, en tout cas infidèle et plutôt opportuniste (et pourquoi pas lâche, s’il y a lâcheté à choisir, entre autres choses, «de vivre la guerre à distance respectable»).
La forme rend à chaque ligne cette distance paradoxale que prend l’auteur avec son protagoniste: le texte entier est à la deuxième personne du pluriel. Or, ce qui peut passer d’abord pour une marque de respect envers l’homme et son génie, ce que l’on pourrait lire comme une sorte de lettre ou d’hommage, prend parfois les accents de la dénonciation: «Avez-vous seulement une fois exprimé le moindre doute?»; et à propos des événements des années 1940 en France: «Vous ne vouliez rien voir», «Vous n’avez pas su voir. Vous n’avez rien dit». Étrange narration, donc, qui dérange, agace parfois, met en tout cas le lecteur dans une posture désagréable, inhabituelle, mais qui pousse aussi ce texte du côté du roman par la complexité et le climat qu’elle instaure.
Les climats, justement, Verdan excelle à les rendre, et ceci depuis son premier roman, Le Rendez-vous de Thessalonique (2005). On retrouve ici une même manière de décrire les villes (Rio, Alger, New York, Chandigarh) comme des entités vivantes, palpitantes. On retrouve ce style très pesé, mesuré, elliptique parfois, mais qui parvient à développer, dans la scansion d’un rythme très haché et de phrases simples et régulières, une sensualité inattendue. Le personnage gonfle, prend de l’ampleur: voilà, ce n’est plus le fameux architecte, c’est un homme et ses vacillations.
De roman en roman, Nicolas Verdan ne se lasse pas d’interroger le monde actuel, que ce soit, dans Le Rendez-vous de Thessalonique , en décrivant la vacuité d’une existence qui se confronte à un Orient décadent sur fond de migrations douloureuses, ou en retraçant le destin, dans Chromosome 68 (2008), de la génération sans idéaux des enfants de la révolution, ou enfin dans cette Saga , roman où semble s’être nouée entre l’écrivain et son sujet une relation complexe – ce que confirme la «Note de l’auteur» qui clôt le livre, où l’on découvre que romancer la vie du Corbusier aura permis à l’auteur d’appréhender les événements dramatiques vécus à Beyrouth à l’été 2006. Posture d’écrivain: Nicolas Verdan fait passer le monde à travers le filtre de la littérature pour se l’approprier, se le rendre un peu moins incompréhensible, le dire dans ce style nerveux, lacunaire et énigmatique, qui porte en lui la trace de ce que le monde a de lacunaire, de nerveux et d’énigmatique.

Le patient du Dr Hirschfeld

La saga de Corby le visionnaire
De nombreuses choses, dans le dernier roman de Nicolas Verdan, arrivent dans le désordre, se télescopent, s’imposent rapidement, s’interrompent, reprennent plus loin ou sont oubliées, glissent, convergent toutes enfin vers un seul point: ce matin d’août 1965 où Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier, va prendre un ultime bain dans cette mer qu’il a toujours aimée. Avant de mourir, il se souvient.
Nicolas Verdan, né en 1971, est journaliste et écrivain. Avec Saga. Le Corbusier , son troisième roman, il propose une lecture originale de la vie de l’un des plus fameux architectes du XXe siècle. Qu’on ne s’y trompe pas: ce texte n’emprunte rien (ou pas grand-chose) au genre «biographie d’homme célèbre». Si l’on y trouve bien certains épisodes incontournables (la naissance à la Chaux-de-Fonds en 1867, Yvonne, les maîtresses, et puis l’œuvre, aussi bien architecturale que picturale et littéraire), on y voit surtout se dessiner un personnage étrange, et à vrai dire pas franchement sympathique, par trop distant, froid, orgueilleux peut-être, en tout cas infidèle et plutôt opportuniste (et pourquoi pas lâche, s’il y a lâcheté à choisir, entre autres choses, «de vivre la guerre à distance respectable»).
La forme rend à chaque ligne cette distance paradoxale que prend l’auteur avec son protagoniste: le texte entier est à la deuxième personne du pluriel. Or, ce qui peut passer d’abord pour une marque de respect envers l’homme et son génie, ce que l’on pourrait lire comme une sorte de lettre ou d’hommage, prend parfois les accents de la dénonciation: «Avez-vous seulement une fois exprimé le moindre doute?»; et à propos des événements des années 1940 en France: «Vous ne vouliez rien voir», «Vous n’avez pas su voir. Vous n’avez rien dit». Étrange narration, donc, qui dérange, agace parfois, met en tout cas le lecteur dans une posture désagréable, inhabituelle, mais qui pousse aussi ce texte du côté du roman par la complexité et le climat qu’elle instaure.
Les climats, justement, Verdan excelle à les rendre, et ceci depuis son premier roman, Le Rendez-vous de Thessalonique (2005). On retrouve ici une même manière de décrire les villes (Rio, Alger, New York, Chandigarh) comme des entités vivantes, palpitantes. On retrouve ce style très pesé, mesuré, elliptique parfois, mais qui parvient à développer, dans la scansion d’un rythme très haché et de phrases simples et régulières, une sensualité inattendue. Le personnage gonfle, prend de l’ampleur: voilà, ce n’est plus le fameux architecte, c’est un homme et ses vacillations.
De roman en roman, Nicolas Verdan ne se lasse pas d’interroger le monde actuel, que ce soit, dans Le Rendez-vous de Thessalonique , en décrivant la vacuité d’une existence qui se confronte à un Orient décadent sur fond de migrations douloureuses, ou en retraçant le destin, dans Chromosome 68 (2008), de la génération sans idéaux des enfants de la révolution, ou enfin dans cette Saga , roman où semble s’être nouée entre l’écrivain et son sujet une relation complexe – ce que confirme la «Note de l’auteur» qui clôt le livre, où l’on découvre que romancer la vie du Corbusier aura permis à l’auteur d’appréhender les événements dramatiques vécus à Beyrouth à l’été 2006. Posture d’écrivain: Nicolas Verdan fait passer le monde à travers le filtre de la littérature pour se l’approprier, se le rendre un peu moins incompréhensible, le dire dans ce style nerveux, lacunaire et énigmatique, qui porte en lui la trace de ce que le monde a de lacunaire, de nerveux et d’énigmatique.

Bruno Pellegrino
Le Passe-Muraille

Le patient du Dr Hirschfeld

Le Corbusier, géométrie intime
Le Corbusier puisait aussi son inspiration des femmes.
Son regard songeur, on le croise tous les jours sur nos billets de dix francs. On connaît l’architecte, mais que sait-on vraiment de l’homme Charles-Édouard Jeanneret? Nicolas Verdan, auteur veveysan, imagine des réponses dans son dernier roman Saga. Le Corbusier , paru chez Campiche.
Dans sa vie, les femmes furent un monument aussi. On le savait immense architecte, on le découvre chaud lapin. Il aimait le sexe faible, lui l’homme fort, plutôt macho.
Dans son lit, il y eut de tout: des filles de joie, des intellectuelles, des artistes et une maîtresse de maison, douce comme Yvonne, l’épouse fidèle, disponible, riche de cœur, avec laquelle il vécut 32 ans. De sa mort, il ne s’est jamais vraiment remis. Pourtant, Dieu sait si Le Corbusier trompa sa chère Yvonne.
Minette, Joséphine… et les autres
Il revenait vers elle toujours. Mais quand il s’absentait, c’était Minette, Marguerite, Joséphine… et tant d’autres dont les noms se perdent dans les dédales des favelas de Rio ou de la Casbah d’Alger. Sans compter les femmes imaginaires, celles voluptueuses de Matisse, au spectacle desquelles le corps de l’architecte vibre.
Minette, donc, celle par laquelle la gloire arrive. C’est sur elle que s’ouvre Saga. Le Corbusier , le dernier roman de l’auteur veveysan Nicolas Verdan, paru chez Campiche. L’artiste est dans son atelier, il peint. Minette la Ceylanaise est là.
Atmosphère de sensualité et de volupté. Elle est la première femme architecte d’Asie, envoyée spéciale du gouvernement indien auprès du Corbusier. Pour elle, ce dernier fera construire une ville entière, Chandigarh en l’occurrence, la capitale du Pendjab, érigée en rase campagne, au prix d’une lutte infernale avec le soleil.
Et puis, il y a Marguerite, l’Américaine quelque peu déjantée, qui croque la vie à pleines dents. C’est une amie de longue date. Le Corbusier la rencontre, la perd, la retrouve. Avec elle, il vit New York sur un rythme de désir palpitant et de jazz enivrant.
Les femmes le dopent. Elles sont indispensables à sa créativité, à son travail. Et quand arrive Joséphine (qui n’est autre que Joséphine Baker), c’est le pied.
«Ses jambes sont comme deux jarres remplies de vin au miel, sa poitrine rebondie sonne les heures molles de la sieste. Ses fesses sont si rondes…», écrit Nicolas Verdan. Avant de ramener son lecteur vers Yvonne, «la Von de toujours (…). Un cœur limpide dans la seule maison que vous n’avez jamais su dessiner: votre foyer», lance l’auteur au Corbusier
Entre deux bouffées d’air
Le roman de Verdan est une longue adresse à l’architecte, faite de questionnements, de réflexions heureuses ou désolées, d’émotions, de sensations saisies entre vie et trépas.
Car en ce matin d’août 1965, Le Corbusier se meurt. Il est sur la Côte d’Azur, à Roquebrune-Cap-Martin où il s’est fait construire un tout petit cabanon «sur un rocher battu par les flots». Les flots vont tantôt l’emporter. Il nage, son souffle est court. Il se noie.
Entre deux bouffées d’air, le romancier glisse donc la vie du Corbusier. Des milliers d’images surgissent. D’abord floues, elles se font plus précises pour se brouiller à nouveau.
Au rythme d’une respiration épuisée émerge un personnage haletant. Un géant qui, dans un souffle ultime, voit ses succès, ses projets avortés, ses amours, ses détracteurs, ses amis et son immense œuvre défiler devant lui. Un magma d’impressions qui superpose les instants, défie la chronologie. Le Corbusier sillonne les airs. Il trace des villes sur terre. Il est en même temps aux Amériques, en Europe, en Asie, en Afrique.
Dans chaque continent, il a laissé une trace, des traces. Des «cités radieuses», des autoroutes qui survolent les villes, des palais, des musées, des immeubles d’habitation…
Derrière la façade
Mais derrière la façade architecturale, il y a l’homme, celui qui aime les femmes, on l’a dit; celui qui serre la main aux pétainistes dans la France occupée par l’Allemagne; celui qui dénonce «l’étroitesse des logis parisiens» mais ne dit rien «des baraques où sont parqués des millions de prisonniers»; celui qui tient «la Suisse à distance», mais dit «merci bien» avec l’accent de son Jura natal; celui qui ne croit pas en Dieu mais lui construit une des plus belles églises du monde, Notre-Dame du Haut, à Ronchamp. Un être tout en harmonie et en contradictions.
«Qui êtes-vous?» demande Nicolas Verdan au Corbusier sur un ton mi-inquiet mi-amusé. Plusieurs réponses se pressent sous la plume de l’auteur. En voici une: «Vous êtes chercheur, inventeur, bricoleur (…). Mécanicien? Oui, mais alors sous le signe de la géométrie. Peintre, sous le signe de la couleur. Sculpteur, sous le signe de la forme. Vous seriez architecte, mais ce serait sous le signe de l’organisation. Vous êtes penseur, oui, Monsieur. Vous êtes dans la peau d’un philosophe. Etc., etc».

Source

Le patient du Dr Hirschfeld

Le Corbusier, géométrie intime
Le Corbusier puisait aussi son inspiration des femmes.
Son regard songeur, on le croise tous les jours sur nos billets de dix francs. On connaît l’architecte, mais que sait-on vraiment de l’homme Charles-Édouard Jeanneret? Nicolas Verdan, auteur veveysan, imagine des réponses dans son dernier roman Saga. Le Corbusier , paru chez Campiche.
Dans sa vie, les femmes furent un monument aussi. On le savait immense architecte, on le découvre chaud lapin. Il aimait le sexe faible, lui l’homme fort, plutôt macho.
Dans son lit, il y eut de tout: des filles de joie, des intellectuelles, des artistes et une maîtresse de maison, douce comme Yvonne, l’épouse fidèle, disponible, riche de cœur, avec laquelle il vécut 32 ans. De sa mort, il ne s’est jamais vraiment remis. Pourtant, Dieu sait si Le Corbusier trompa sa chère Yvonne.
Minette, Joséphine… et les autres
Il revenait vers elle toujours. Mais quand il s’absentait, c’était Minette, Marguerite, Joséphine… et tant d’autres dont les noms se perdent dans les dédales des favelas de Rio ou de la Casbah d’Alger. Sans compter les femmes imaginaires, celles voluptueuses de Matisse, au spectacle desquelles le corps de l’architecte vibre.
Minette, donc, celle par laquelle la gloire arrive. C’est sur elle que s’ouvre Saga. Le Corbusier , le dernier roman de l’auteur veveysan Nicolas Verdan, paru chez Campiche. L’artiste est dans son atelier, il peint. Minette la Ceylanaise est là.
Atmosphère de sensualité et de volupté. Elle est la première femme architecte d’Asie, envoyée spéciale du gouvernement indien auprès du Corbusier. Pour elle, ce dernier fera construire une ville entière, Chandigarh en l’occurrence, la capitale du Pendjab, érigée en rase campagne, au prix d’une lutte infernale avec le soleil.
Et puis, il y a Marguerite, l’Américaine quelque peu déjantée, qui croque la vie à pleines dents. C’est une amie de longue date. Le Corbusier la rencontre, la perd, la retrouve. Avec elle, il vit New York sur un rythme de désir palpitant et de jazz enivrant.
Les femmes le dopent. Elles sont indispensables à sa créativité, à son travail. Et quand arrive Joséphine (qui n’est autre que Joséphine Baker), c’est le pied.
«Ses jambes sont comme deux jarres remplies de vin au miel, sa poitrine rebondie sonne les heures molles de la sieste. Ses fesses sont si rondes…», écrit Nicolas Verdan. Avant de ramener son lecteur vers Yvonne, «la Von de toujours (…). Un cœur limpide dans la seule maison que vous n’avez jamais su dessiner: votre foyer», lance l’auteur au Corbusier
Entre deux bouffées d’air
Le roman de Verdan est une longue adresse à l’architecte, faite de questionnements, de réflexions heureuses ou désolées, d’émotions, de sensations saisies entre vie et trépas.
Car en ce matin d’août 1965, Le Corbusier se meurt. Il est sur la Côte d’Azur, à Roquebrune-Cap-Martin où il s’est fait construire un tout petit cabanon «sur un rocher battu par les flots». Les flots vont tantôt l’emporter. Il nage, son souffle est court. Il se noie.
Entre deux bouffées d’air, le romancier glisse donc la vie du Corbusier. Des milliers d’images surgissent. D’abord floues, elles se font plus précises pour se brouiller à nouveau.
Au rythme d’une respiration épuisée émerge un personnage haletant. Un géant qui, dans un souffle ultime, voit ses succès, ses projets avortés, ses amours, ses détracteurs, ses amis et son immense œuvre défiler devant lui. Un magma d’impressions qui superpose les instants, défie la chronologie. Le Corbusier sillonne les airs. Il trace des villes sur terre. Il est en même temps aux Amériques, en Europe, en Asie, en Afrique.
Dans chaque continent, il a laissé une trace, des traces. Des «cités radieuses», des autoroutes qui survolent les villes, des palais, des musées, des immeubles d’habitation…
Derrière la façade
Mais derrière la façade architecturale, il y a l’homme, celui qui aime les femmes, on l’a dit; celui qui serre la main aux pétainistes dans la France occupée par l’Allemagne; celui qui dénonce «l’étroitesse des logis parisiens» mais ne dit rien «des baraques où sont parqués des millions de prisonniers»; celui qui tient «la Suisse à distance», mais dit «merci bien» avec l’accent de son Jura natal; celui qui ne croit pas en Dieu mais lui construit une des plus belles églises du monde, Notre-Dame du Haut, à Ronchamp. Un être tout en harmonie et en contradictions.
«Qui êtes-vous?» demande Nicolas Verdan au Corbusier sur un ton mi-inquiet mi-amusé. Plusieurs réponses se pressent sous la plume de l’auteur. En voici une: «Vous êtes chercheur, inventeur, bricoleur (…). Mécanicien? Oui, mais alors sous le signe de la géométrie. Peintre, sous le signe de la couleur. Sculpteur, sous le signe de la forme. Vous seriez architecte, mais ce serait sous le signe de l’organisation. Vous êtes penseur, oui, Monsieur. Vous êtes dans la peau d’un philosophe. Etc., etc».

Source

Ghania Adamo
swissinfo.ch

Le patient du Dr Hirschfeld

Le Matin
Sa vie est un roman. Encore faut-il trouver la forme adéquate pour la retracer. Pour dire à la fois l’architecte, le peintre, le théoricien et l’homme amateur de prostituées, opportuniste au point de passer de Vichy à la Résistance. C’est une des réussites de Saga. Le Corbusier : le Vaudois Nicolas Verdan évoque toutes ses facettes de manière éclatée, par touches, en s’adressant directement au grand homme
C’est même presque miraculeux de découvrir tous ces aspects en moins de deux cents pages, sans donner l’impression de s’éparpiller. Comme autant de souvenirs qui remontent alors que Le Corbusier nage, au large de Roquebrune Cap-Martin. Son dernier bain. Nicolas Verdan parvient à un équilibre surprenant entre les anecdotes biographiques, les évocations des plus grandes réalisations de l’architecte et les interprétations personnelles.

Le patient du Dr Hirschfeld

Le Matin
Sa vie est un roman. Encore faut-il trouver la forme adéquate pour la retracer. Pour dire à la fois l’architecte, le peintre, le théoricien et l’homme amateur de prostituées, opportuniste au point de passer de Vichy à la Résistance. C’est une des réussites de Saga. Le Corbusier : le Vaudois Nicolas Verdan évoque toutes ses facettes de manière éclatée, par touches, en s’adressant directement au grand homme
C’est même presque miraculeux de découvrir tous ces aspects en moins de deux cents pages, sans donner l’impression de s’éparpiller. Comme autant de souvenirs qui remontent alors que Le Corbusier nage, au large de Roquebrune Cap-Martin. Son dernier bain. Nicolas Verdan parvient à un équilibre surprenant entre les anecdotes biographiques, les évocations des plus grandes réalisations de l’architecte et les interprétations personnelles.

Éric Bulliard
La Gruyère

Le patient du Dr Hirschfeld

Nicolas Verdan insuffle au mythe qu’est l’immense architecte une vie romanesque tissée de paroles, de mouvements, d’émotions
Mort au cours d’une baignade en août 1965, Le Corbusier prend ses marques dans la mémoire collective en ce début de XXIe siècle. La partie essentielle de son œuvre est candidate au patrimoine mondial de l’Unesco, alors que sa ville natale, La Chaux-de-Fonds, vient de décrocher cette timbale. Charles-Édouard Jeanneret l’avait quittée fâché en 1917, à l’âge de trente ans. La Chaux-de-Fonds se gargarise aujourd’hui de cet enfant jamais réconcilié avec elle et prévoit de lui dédier un nouveau quartier en plein centre-ville. Le roman de Nicolas Verdan n’occulte pas la première jeunesse de Charles-Édouard Jeanneret, ni sa reconnaissance ombrageuse au maître qui l’a arraché à un destin tout tracé de graveur pour le pousser vers l’architecture. Le récit se fonde sur une solide connaissance du personnage que l’auteur met en situation à différents moments de son existence. Ce sont des moments «réels», attestés par des correspondances ou d’autres sources fiables.
Le livre n’apprend rien de neuf sur le célèbre architecte, mais sa part romanesque, qui tient à ce que les documents ne peuvent pas dire, l’arrache à sa posture mythique. Voici Le Corbusier intime. Comment il parle, comment il bouge, comment il éprouve. Le bonhomme Le Corbusier. Une sorte de refrain rythme ces moments qui suivent les mouvements de la mémoire plutôt que ceux de la chronologie. Le Corbusier nage vers le large, son dernier bain à Roquebrune-Cap-Martin, et sa vie défile, revient par bribes, comme cela se passe, dit-on, dans la conscience des gens qui savent qu’ils sont en train de mourir.
Nicolas Verdan adopte la deuxième personne du pluriel, une sorte de «vous» épistolaire qui pourrait figer son personnage dans trop de distance respectueuse, mais il sait éviter à chaque instant le piège de l’hagiographie. L’auteur n’élude pas les moments délicats, Le Corbu à Vichy notamment et son «opportunisme sans bornes». Le Corbu à Chandigarh, la seule ville qu’il ait jamais construite. Le Corbu et les femmes, sa petite maman, Yvonne, Joséphine Baker. L’homme Corbu, c’est d’abord un artiste corps et âme voué à l’architecture, à la peinture et à la sculpture, «une vie à pétrir la matière», mais encore un être touchant et contradictoire, toujours occupé à exister par-delà les embûches, et plus épicurien qu’il n’y paraît à en croire Verdan. Son livre est un bel exercice d’admiration, bien informé, toujours sensible et jamais complaisant, même si ce traitement littéraire demeure peut-être trop timide pour faire de Le Corbusier un puissant personnage de roman.

Le patient du Dr Hirschfeld

Nicolas Verdan insuffle au mythe qu’est l’immense architecte une vie romanesque tissée de paroles, de mouvements, d’émotions
Mort au cours d’une baignade en août 1965, Le Corbusier prend ses marques dans la mémoire collective en ce début de XXIe siècle. La partie essentielle de son œuvre est candidate au patrimoine mondial de l’Unesco, alors que sa ville natale, La Chaux-de-Fonds, vient de décrocher cette timbale. Charles-Édouard Jeanneret l’avait quittée fâché en 1917, à l’âge de trente ans. La Chaux-de-Fonds se gargarise aujourd’hui de cet enfant jamais réconcilié avec elle et prévoit de lui dédier un nouveau quartier en plein centre-ville. Le roman de Nicolas Verdan n’occulte pas la première jeunesse de Charles-Édouard Jeanneret, ni sa reconnaissance ombrageuse au maître qui l’a arraché à un destin tout tracé de graveur pour le pousser vers l’architecture. Le récit se fonde sur une solide connaissance du personnage que l’auteur met en situation à différents moments de son existence. Ce sont des moments «réels», attestés par des correspondances ou d’autres sources fiables.
Le livre n’apprend rien de neuf sur le célèbre architecte, mais sa part romanesque, qui tient à ce que les documents ne peuvent pas dire, l’arrache à sa posture mythique. Voici Le Corbusier intime. Comment il parle, comment il bouge, comment il éprouve. Le bonhomme Le Corbusier. Une sorte de refrain rythme ces moments qui suivent les mouvements de la mémoire plutôt que ceux de la chronologie. Le Corbusier nage vers le large, son dernier bain à Roquebrune-Cap-Martin, et sa vie défile, revient par bribes, comme cela se passe, dit-on, dans la conscience des gens qui savent qu’ils sont en train de mourir.
Nicolas Verdan adopte la deuxième personne du pluriel, une sorte de «vous» épistolaire qui pourrait figer son personnage dans trop de distance respectueuse, mais il sait éviter à chaque instant le piège de l’hagiographie. L’auteur n’élude pas les moments délicats, Le Corbu à Vichy notamment et son «opportunisme sans bornes». Le Corbu à Chandigarh, la seule ville qu’il ait jamais construite. Le Corbu et les femmes, sa petite maman, Yvonne, Joséphine Baker. L’homme Corbu, c’est d’abord un artiste corps et âme voué à l’architecture, à la peinture et à la sculpture, «une vie à pétrir la matière», mais encore un être touchant et contradictoire, toujours occupé à exister par-delà les embûches, et plus épicurien qu’il n’y paraît à en croire Verdan. Son livre est un bel exercice d’admiration, bien informé, toujours sensible et jamais complaisant, même si ce traitement littéraire demeure peut-être trop timide pour faire de Le Corbusier un puissant personnage de roman.

Jean-Bernard Vuillème
Le Temps

Le patient du Dr Hirschfeld

Le Corbusier. Saga. Une fiction
Ce roman à la première personne relate les derniers moments de Charles-Édouard Jeanneret dit Le Corbusier. Le 27 août 1965, dans la mer, luttant contre la mort, l’architecte voit sa vie défiler devant ses yeux. Une succession de séquences traversent sa mémoire où surgissent les lieux, les œuvres, sa mère, les femmes et des êtres qui ont marqué son existence. Par une approche introspective, l’auteur se livre à une interprétation de la vie et des événements du grand architecte, qu’il a choisi de reconstruire en une série de scènes mêlant événements réels et fiction. On y découvre un Corbu humain, face à ses pensées, regardant la vie dans un miroir. Bien documentée, cette œuvre est fondée sur une longue enquête menée par le romancier. Elle fixe le cadre narratif entre l’homme et sa propre vision critique de son œuvre, exercice périlleux pour ce monument de l’architecture.
Le romancier Nicolas Verdan est aussi journaliste. Il est l’auteur de deux ouvrages, dont Le Rendez-vous de Thessalonique qui a obtenu le Prix Bibliomedia en 2006.
Espaces contemporains
Saga Le Corbusier – une biographie originale par Nicolas Verdan
Né en 1971 à Vevey, Nicolas Verdan est journaliste et écrivain. Ses chroniques de voyage ainsi que ses deux premiers romans publiés en 2005 et 2008 chez Bernard Campiche Éditeur, Le Rendez-vous de Thessalonique et Chromosome 68 , lui ont valu une belle notoriété. Avec Saga Le Corbusier , Nicolas Verdan met son talent au service de la biographie de Charles-Édouard Jeanneret, l’architecte visionnaire du XX e siècle qui orne nos billets de dix francs.
Ce livre mérite d’être signalé. Tout d’abord parce que l’auteur a mené un important travail de documentation sur la vie de son personnage. Cette connaissance approfondie permet de dépasser les lieux communs habituels concernant Le Corbusier et crée au fil des pages une véritable proximité avec lui. Ensuite parce qu’il s’agit d’une écriture très travaillée. Tout au long de son ouvrage Nicolas Verdan s’adresse à Le Corbusier à la deuxième personne: «Vous êtes né en Suisse, il y a soixante-neuf ans. Aujourd’hui, vous êtes assis dans une jeep en Inde, la conduite est à droite, vous transpirez.» Ce procédé littéraire aurait pu se révéler contraignant. Il crée au contraire un rythme et donne l’impression d’un dialogue courtois entre l’auteur et son sujet.
C’est au dernier jour de la vie de l’architecte, le 27 août 1965 à Roquebrune-Cap-Martin, que Nicolas Verdan place cette biographie originale, plus précisément lors de la baignade qui lui sera fatale: «Vous nagez, vous cherchez de l’air, votre vie défile devant vos yeux, toute votre vie, vous la voyez défiler.» L’écrivain n’a pas choisi de présenter les différents épisodes de la vie de Le Corbusier de manière chronologique. Il les relate dans un ordre qui semble aléatoire mais dont émergent les principaux axes de son existence.
Le Corbusier se révèle non seulement un architecte à l’échelle de la planète mais aussi un grand voyageur. Il a parcouru presque tous les continents et, bien avant l’essor des transports aériens, se déplaçait de préférence en avion. À sa manière, il incarnait l’Homme moderne pour qui, déjà, le monde est un village.
La ville, justement, est le champ d’intervention privilégié de Le Corbusier: Paris, Athènes, Alger, New York, Rio de Janeiro et Chandigarh. Chacune de ces villes a été étudiée, imaginée, planifiée, dessinée et réinventée par l’architecte franco-suisse: «Vous avez dessiné des unités d’habitation, cités radieuses au toit promenade et aux longues rues intérieures, commerçantes, vous êtes le grand architecte dont parlent les magazines.» Mais si seule la capitale du Pendjab a effectivement été bâtie selon ses plans, ses projets visionnaires et ses réflexions ont inspiré des générations d’architectes et d’urbanistes.
On savait Le Corbusier adepte de l’ordre, du béton armé et de la ligne droite. Nicolas Verdan nous le fait découvrir fasciné par le bouillonnement de vie qu’il trouvait dans la casbah d’Alger, les ballrooms de Harlem et les favelas de Rio. «Votre vie durant, vous avez cherché le nègre [1], l’homme nu. À Rio, à New York aussi, ivre de jazz. Vous avez questionné cet homme que vous imaginez libéré de toute entrave.»
L’auteur consacre aussi quelques pages très précises à la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle Le Corbusier a prêté son concours volontaire au gouvernement du Maréchal. «À Vichy, vous trouvez un vocabulaire qui colle au vôtre. […] Vous crânez, vous donnez le change, vous louez les réformes en cours, à Vichy. Vous saluez leur volonté de nettoyer la ville de ses impuretés. Les rues sont sales, vous préconisez la fin de la rue. […] Vous ne construisez rien du tout.» Il n’y a cependant aucune volonté de juger de la part de Nicolas Verdan – ce qui, dans le climat actuel, mérite d’être relevé –, juste un besoin de comprendre… «Corbu, un lâche? Un collabo? Foutaises! Très peu mon genre, ces procès de salon intentés à des personnages illustres, des années après leur mort. […] Comment expliquer ce mutisme [2] de la part d’un homme qui se dit préoccupé par le bien-être des hommes? Chez Corbu, il y a comme une formidable absence de compassion. Un manque absolu d’amour.»
Les errements de Le Corbusier (qui avait aussi fait le voyage de Moscou à l’époque des purges staliniennes) illustrent combien il a été le témoin de son siècle. Il croit au rationalisme, à la technique, au progrès. Il croit à une révolution – qu’elle soit sociale, nationale ou architecturale –, il crée, il imagine, il se trompe parfois, il insiste, finit par réaliser ses idées et construire des cités radieuses. Le talent de Nicolas Verdan est de nous donner à voir Le Corbusier en lui-même, avec un relief et une justesse qui dépassent le personnage emblématique et offrent au lecteur l’occasion d’une rencontre plus intime.

Le patient du Dr Hirschfeld

Le Corbusier. Saga. Une fiction
Ce roman à la première personne relate les derniers moments de Charles-Édouard Jeanneret dit Le Corbusier. Le 27 août 1965, dans la mer, luttant contre la mort, l’architecte voit sa vie défiler devant ses yeux. Une succession de séquences traversent sa mémoire où surgissent les lieux, les œuvres, sa mère, les femmes et des êtres qui ont marqué son existence. Par une approche introspective, l’auteur se livre à une interprétation de la vie et des événements du grand architecte, qu’il a choisi de reconstruire en une série de scènes mêlant événements réels et fiction. On y découvre un Corbu humain, face à ses pensées, regardant la vie dans un miroir. Bien documentée, cette œuvre est fondée sur une longue enquête menée par le romancier. Elle fixe le cadre narratif entre l’homme et sa propre vision critique de son œuvre, exercice périlleux pour ce monument de l’architecture.
Le romancier Nicolas Verdan est aussi journaliste. Il est l’auteur de deux ouvrages, dont Le Rendez-vous de Thessalonique qui a obtenu le Prix Bibliomedia en 2006.
Espaces contemporains
Saga Le Corbusier – une biographie originale par Nicolas Verdan
Né en 1971 à Vevey, Nicolas Verdan est journaliste et écrivain. Ses chroniques de voyage ainsi que ses deux premiers romans publiés en 2005 et 2008 chez Bernard Campiche Éditeur, Le Rendez-vous de Thessalonique et Chromosome 68 , lui ont valu une belle notoriété. Avec Saga Le Corbusier , Nicolas Verdan met son talent au service de la biographie de Charles-Édouard Jeanneret, l’architecte visionnaire du XX e siècle qui orne nos billets de dix francs.
Ce livre mérite d’être signalé. Tout d’abord parce que l’auteur a mené un important travail de documentation sur la vie de son personnage. Cette connaissance approfondie permet de dépasser les lieux communs habituels concernant Le Corbusier et crée au fil des pages une véritable proximité avec lui. Ensuite parce qu’il s’agit d’une écriture très travaillée. Tout au long de son ouvrage Nicolas Verdan s’adresse à Le Corbusier à la deuxième personne: «Vous êtes né en Suisse, il y a soixante-neuf ans. Aujourd’hui, vous êtes assis dans une jeep en Inde, la conduite est à droite, vous transpirez.» Ce procédé littéraire aurait pu se révéler contraignant. Il crée au contraire un rythme et donne l’impression d’un dialogue courtois entre l’auteur et son sujet.
C’est au dernier jour de la vie de l’architecte, le 27 août 1965 à Roquebrune-Cap-Martin, que Nicolas Verdan place cette biographie originale, plus précisément lors de la baignade qui lui sera fatale: «Vous nagez, vous cherchez de l’air, votre vie défile devant vos yeux, toute votre vie, vous la voyez défiler.» L’écrivain n’a pas choisi de présenter les différents épisodes de la vie de Le Corbusier de manière chronologique. Il les relate dans un ordre qui semble aléatoire mais dont émergent les principaux axes de son existence.
Le Corbusier se révèle non seulement un architecte à l’échelle de la planète mais aussi un grand voyageur. Il a parcouru presque tous les continents et, bien avant l’essor des transports aériens, se déplaçait de préférence en avion. À sa manière, il incarnait l’Homme moderne pour qui, déjà, le monde est un village.
La ville, justement, est le champ d’intervention privilégié de Le Corbusier: Paris, Athènes, Alger, New York, Rio de Janeiro et Chandigarh. Chacune de ces villes a été étudiée, imaginée, planifiée, dessinée et réinventée par l’architecte franco-suisse: «Vous avez dessiné des unités d’habitation, cités radieuses au toit promenade et aux longues rues intérieures, commerçantes, vous êtes le grand architecte dont parlent les magazines.» Mais si seule la capitale du Pendjab a effectivement été bâtie selon ses plans, ses projets visionnaires et ses réflexions ont inspiré des générations d’architectes et d’urbanistes.
On savait Le Corbusier adepte de l’ordre, du béton armé et de la ligne droite. Nicolas Verdan nous le fait découvrir fasciné par le bouillonnement de vie qu’il trouvait dans la casbah d’Alger, les ballrooms de Harlem et les favelas de Rio. «Votre vie durant, vous avez cherché le nègre [1], l’homme nu. À Rio, à New York aussi, ivre de jazz. Vous avez questionné cet homme que vous imaginez libéré de toute entrave.»
L’auteur consacre aussi quelques pages très précises à la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle Le Corbusier a prêté son concours volontaire au gouvernement du Maréchal. «À Vichy, vous trouvez un vocabulaire qui colle au vôtre. […] Vous crânez, vous donnez le change, vous louez les réformes en cours, à Vichy. Vous saluez leur volonté de nettoyer la ville de ses impuretés. Les rues sont sales, vous préconisez la fin de la rue. […] Vous ne construisez rien du tout.» Il n’y a cependant aucune volonté de juger de la part de Nicolas Verdan – ce qui, dans le climat actuel, mérite d’être relevé –, juste un besoin de comprendre… «Corbu, un lâche? Un collabo? Foutaises! Très peu mon genre, ces procès de salon intentés à des personnages illustres, des années après leur mort. […] Comment expliquer ce mutisme [2] de la part d’un homme qui se dit préoccupé par le bien-être des hommes? Chez Corbu, il y a comme une formidable absence de compassion. Un manque absolu d’amour.»
Les errements de Le Corbusier (qui avait aussi fait le voyage de Moscou à l’époque des purges staliniennes) illustrent combien il a été le témoin de son siècle. Il croit au rationalisme, à la technique, au progrès. Il croit à une révolution – qu’elle soit sociale, nationale ou architecturale –, il crée, il imagine, il se trompe parfois, il insiste, finit par réaliser ses idées et construire des cités radieuses. Le talent de Nicolas Verdan est de nous donner à voir Le Corbusier en lui-même, avec un relief et une justesse qui dépassent le personnage emblématique et offrent au lecteur l’occasion d’une rencontre plus intime.

Vincent Hort
La Nation

Le patient du Dr Hirschfeld

[1] L’auteur prend soin d’utiliser le mot nègre en italique afin de le restituer dans son contexte historique, sans la charge péjorative qu’il a aujourd’hui.
[2] Par rapport aux souffrances des civils et au sort réservé aux Juifs dans l’Europe en guerre et que Le Corbusier ne pouvait ignorer compte tenu de ses relations au sein de l’administration de Vichy.
Saga. Le Corbusier.
Un jour d’août 1965, Le Corbusier va nager près de Roquebrune-Cap-Martin. On retrouvera son corps flottant près du rivage. Il avait soixante-dix-huit ans.
L’auteur, qui connaît tout de sa vie et de son œuvre, s’adresse à lui en imaginant l’afflux de souvenirs qui défilent dans ses derniers moments.
Cela nous vaut une saga, le mot convient à ce récit riche, touffu, où les événements se bousculent. Le Corbusier était un visionnaire. Il a traversé son époque, porté par des idées qui, si elles n’ont pas toujours été adoptées, ont révolutionné l’architecture. Opportuniste, il a passé sans états d’âme et sans regrets de Vichy à la résistance, créateur ignorant des contingences. Parti de La Chaux-de-Fonds, métropole horlogère où son avenir était tout tracé, il a parcouru le monde entier, rapportant de ses voyages des centaines de dessins et de peintures.
Il laisse une œuvre considérable, des maisons particulières, dont «la petite maison de sa chère petite maman» à Corseaux, la chapelle de Ronchamp, le pavillon suisse à la Cité universitaire de Paris. Quatre villes reviennent dans ses souvenirs: Alger, Rio, New York et surtout Chandigarh où il a pu créer toute une ville aux confins de l’Himalaya.
Marié, sa bonne conscience ne l’empêche pas de fréquenter les bordels où il trouve l’inspiration, ni d’avoir des maîtresses ici ou là. Tout ce qui a compté dans sa vie, à part sa «chère petite maman» (qui n’a d’ailleurs jamais voulu voir sa femme) c’est la vision qu’il avait d’une «unité d’habitation de grandeur conforme», construction en béton dont La Cité radieuse à Marseille est un exemple. Il y voyait une solution au manque de logements de l’après-guerre, en bâtissant en hauteur et en incluant tous les équipements collectifs. Souvent contesté ou incompris, il a pourtant vécu, finalement, pour défendre une conception révolutionnaire de l’architecture dont on s’inspire encore aujourd’hui, avec plus ou moins de fidélité et plus ou moins de bonheur.

Le patient du Dr Hirschfeld

[1] L’auteur prend soin d’utiliser le mot nègre en italique afin de le restituer dans son contexte historique, sans la charge péjorative qu’il a aujourd’hui.
[2] Par rapport aux souffrances des civils et au sort réservé aux Juifs dans l’Europe en guerre et que Le Corbusier ne pouvait ignorer compte tenu de ses relations au sein de l’administration de Vichy.
Saga. Le Corbusier.
Un jour d’août 1965, Le Corbusier va nager près de Roquebrune-Cap-Martin. On retrouvera son corps flottant près du rivage. Il avait soixante-dix-huit ans.
L’auteur, qui connaît tout de sa vie et de son œuvre, s’adresse à lui en imaginant l’afflux de souvenirs qui défilent dans ses derniers moments.
Cela nous vaut une saga, le mot convient à ce récit riche, touffu, où les événements se bousculent. Le Corbusier était un visionnaire. Il a traversé son époque, porté par des idées qui, si elles n’ont pas toujours été adoptées, ont révolutionné l’architecture. Opportuniste, il a passé sans états d’âme et sans regrets de Vichy à la résistance, créateur ignorant des contingences. Parti de La Chaux-de-Fonds, métropole horlogère où son avenir était tout tracé, il a parcouru le monde entier, rapportant de ses voyages des centaines de dessins et de peintures.
Il laisse une œuvre considérable, des maisons particulières, dont «la petite maison de sa chère petite maman» à Corseaux, la chapelle de Ronchamp, le pavillon suisse à la Cité universitaire de Paris. Quatre villes reviennent dans ses souvenirs: Alger, Rio, New York et surtout Chandigarh où il a pu créer toute une ville aux confins de l’Himalaya.
Marié, sa bonne conscience ne l’empêche pas de fréquenter les bordels où il trouve l’inspiration, ni d’avoir des maîtresses ici ou là. Tout ce qui a compté dans sa vie, à part sa «chère petite maman» (qui n’a d’ailleurs jamais voulu voir sa femme) c’est la vision qu’il avait d’une «unité d’habitation de grandeur conforme», construction en béton dont La Cité radieuse à Marseille est un exemple. Il y voyait une solution au manque de logements de l’après-guerre, en bâtissant en hauteur et en incluant tous les équipements collectifs. Souvent contesté ou incompris, il a pourtant vécu, finalement, pour défendre une conception révolutionnaire de l’architecture dont on s’inspire encore aujourd’hui, avec plus ou moins de fidélité et plus ou moins de bonheur.

Juliette David
Suisse Magazine

Le parti pris est intéressant. Le Corbusier meurt et Nicolas Verdan l'invente en train de se souvenir d'une vie hors du commun et pourtant si étrange à porter.

Le parti pris est intéressant. Le Corbusier meurt et Nicolas Verdan l'invente en train de se souvenir d'une vie hors du commun et pourtant si étrange à porter.
L'auteur va tenir ce postulat très littéraire, mais pas sans risque d'ennui ou de trop de louanges, à partir d'un choix de style qui donne au récit toute sa vivacité et son efficacité. Il fait s'adresser Le Corbusier directement à vous les lecteurs, à vous les vivants. Justement par la présence de l'architecte au travers du vous que Verdan appose à chacun des moments de vie repensés. Un étonnant échange, très direct, très impliquant s'établit et on lit soudain non plus une biographie, ou une tentative d'autobiographie originale, mais bien des actes de vie. C'est très réussi et très interpellant. Le Corbusier reprend corps et âme dans ces pages qu'on traverse avec lui, comme des compagnons inconnus l'un à l'autre et soudain si proches. Tout l'art d'un grand architecte, bâtir une idée qui convienne à d'autres. Très intéressant.

Le parti pris est intéressant. Le Corbusier meurt et Nicolas Verdan l'invente en train de se souvenir d'une vie hors du commun et pourtant si étrange à porter.

Le parti pris est intéressant. Le Corbusier meurt et Nicolas Verdan l'invente en train de se souvenir d'une vie hors du commun et pourtant si étrange à porter.
L'auteur va tenir ce postulat très littéraire, mais pas sans risque d'ennui ou de trop de louanges, à partir d'un choix de style qui donne au récit toute sa vivacité et son efficacité. Il fait s'adresser Le Corbusier directement à vous les lecteurs, à vous les vivants. Justement par la présence de l'architecte au travers du vous que Verdan appose à chacun des moments de vie repensés. Un étonnant échange, très direct, très impliquant s'établit et on lit soudain non plus une biographie, ou une tentative d'autobiographie originale, mais bien des actes de vie. C'est très réussi et très interpellant. Le Corbusier reprend corps et âme dans ces pages qu'on traverse avec lui, comme des compagnons inconnus l'un à l'autre et soudain si proches. Tout l'art d'un grand architecte, bâtir une idée qui convienne à d'autres. Très intéressant.

Luc Monge
La Savoie