Chacune de ces dix nouvelles dessine, en quelques pages, les aléas de l’existence. Qu’il s’agisse du retour après un accident, de l’enfer d’un chauffard miné par le souvenir, de jalousie ou d’un brutal AVC que rien ne laissait prévoir, l’écriture est une des forces qui aident à lutter pour survivre.
En filigrane, Lausanne impose son atmosphère qu’on sent nécessaire au déroulement des événements et qui est magnifiquement rendu par l’auteur.
Place du Nord et autres lieux
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Revue de presse7
Chacune de ces dix nouvelles dessine, en quelques pages, les aléas de l’existence. Qu’il s’agisse du retour après un accident, de l’enfer d’un chauffard miné par le souvenir, de jalousie ou d’un brutal AVC que rien ne laissait prévoir, l’écriture est une des forces qui aident à lutter pour survivre.
En filigrane, Lausanne impose son atmosphère qu’on sent nécessaire au déroulement des événements et qui est magnifiquement rendu par l’auteur.
«Trois lettres assassines»
«Trois lettres assassines»
Sous la douceur, la violence. Sous la fragilité, la force. Et sous la révolte, l’espoir. Daniel Tschumy signe un magnifique recueil de dix nouvelles, parues aux Éditions Bernard Campiche, Place du Nord et autres lieux … L’auteur y évoque des lieux et des voyages, habités par des souvenirs et des rencontres. Il y parle aussi de blessures. Parmi celles-ci, celle qui a été provoquée par «trois lettres assassines»: AVC, et qui a projeté son épouse sur une «autre rive». L’écriture se charge alors de douleur, de lucidité et de tendresse aussi. Pour dire la déchirure, l’interminable souffrance, mais aussi la reconstitution encore fugace d’une vie de famille.
«Trois lettres assassines»
«Trois lettres assassines»
Sous la douceur, la violence. Sous la fragilité, la force. Et sous la révolte, l’espoir. Daniel Tschumy signe un magnifique recueil de dix nouvelles, parues aux Éditions Bernard Campiche, Place du Nord et autres lieux … L’auteur y évoque des lieux et des voyages, habités par des souvenirs et des rencontres. Il y parle aussi de blessures. Parmi celles-ci, celle qui a été provoquée par «trois lettres assassines»: AVC, et qui a projeté son épouse sur une «autre rive». L’écriture se charge alors de douleur, de lucidité et de tendresse aussi. Pour dire la déchirure, l’interminable souffrance, mais aussi la reconstitution encore fugace d’une vie de famille.
Ces moments où la vie bascule
Ces moments où la vie bascule
Les lieux nous révèlent, révèlent ce que nous sommes et avec quel regard nous traversons la vie. Un café typique de Lausanne aux rideaux défraîchis, une rue assoupie de Delhi sous un «ciel de mousson gris et lourd», un hôpital aux murs blancs, autant d’endroits où s’écrivent et se tournent certaines pages d’existence, pages marquées le plus souvent par une cicatrice vive et profonde, qu’une mémoire cruelle se plaît à remettre sans cesse à vif. Toutefois, les protagonistes du recueil de nouvelles de Daniel Tschumy, «Place du Nord et autres lieux», ne se laissent pas ronger par leurs blessures.
Chez eux, le temps et le travail des souvenirs parviendront à tracer un chemin qui aboutira peut-être à l’apaisement: confrontation sur un banc de la Riponne, plus de trente ans après le drame, avec l’ami d’enfance qui avait saccagé si cruellement une belle histoire commune; aveu d’un chauffard, grâce à l’écriture rédemptrice, de l’accident qui a causé la mort d’un jeune homme innocent, un après-midi de juin plein de promesses; début d’acceptation de son mal par une mère devenue hémiplégique à la suite d’un accident vasculaire cérébral, malheur jeté dans une famille qui voit tout à coup brisé net son droit au bonheur. Une atmosphère intimiste pour capter avec finesse ces moments où la vie bascule, sans crier gare. Que ce soit à Chicago, Lausanne ou Bali, fragile est le lien qui nous relie à l’existence.
Ces moments où la vie bascule
Ces moments où la vie bascule
Les lieux nous révèlent, révèlent ce que nous sommes et avec quel regard nous traversons la vie. Un café typique de Lausanne aux rideaux défraîchis, une rue assoupie de Delhi sous un «ciel de mousson gris et lourd», un hôpital aux murs blancs, autant d’endroits où s’écrivent et se tournent certaines pages d’existence, pages marquées le plus souvent par une cicatrice vive et profonde, qu’une mémoire cruelle se plaît à remettre sans cesse à vif. Toutefois, les protagonistes du recueil de nouvelles de Daniel Tschumy, «Place du Nord et autres lieux», ne se laissent pas ronger par leurs blessures.
Chez eux, le temps et le travail des souvenirs parviendront à tracer un chemin qui aboutira peut-être à l’apaisement: confrontation sur un banc de la Riponne, plus de trente ans après le drame, avec l’ami d’enfance qui avait saccagé si cruellement une belle histoire commune; aveu d’un chauffard, grâce à l’écriture rédemptrice, de l’accident qui a causé la mort d’un jeune homme innocent, un après-midi de juin plein de promesses; début d’acceptation de son mal par une mère devenue hémiplégique à la suite d’un accident vasculaire cérébral, malheur jeté dans une famille qui voit tout à coup brisé net son droit au bonheur. Une atmosphère intimiste pour capter avec finesse ces moments où la vie bascule, sans crier gare. Que ce soit à Chicago, Lausanne ou Bali, fragile est le lien qui nous relie à l’existence.
Heureuse découverte que le dernier livre de Daniel Tschumy récemment paru chez Bernard Campiche Éditeur. Place du Nord et autres lieux contient dix nouvelles ayant pour décors l’un ou l’autre quartier de Lausanne. Dix histoires ordinaires, parfois légères, souvent graves, qui pourraient paraître banales mais qui se révèlent toujours uniques sous le regard aiguisé de l’auteur. Tous ces courts récits ont ceci en commun qu’ils s’articulent autour d’un évènement – souvent une blessure ou une attente – qui vient changer le cours d’une existence.
Ainsi en est-il de «La chambre d’Eric». Trois anciens camarades du collège de Béthusy se donnent rendez-vous un vendredi en fin d’après-midi sur un banc de la Riponne pour évoquer un épisode de leur enfance. Le mauvais tour joué à l’un d’entre eux a marqué leurs destins, chacun de manière différente mais profonde. Bien des années plus tard, cette rencontre leur permet de renouer les fils de leurs parcours et de laisser le passé se refermer sur cette ancienne fêlure.
Avec «Les eaux de la mer», un vieillard, terrassé par le remord, confie dans un cahier le lourd secret qui le ronge. C’est lui le chauffard qui, quelques années plus tôt, a fauché un jeune homme Place du Nord avant de prendre la fuite. Cet aveu tardif, obtenu au terme d’un difficile processus d’écriture, provoque en lui un allègement, le début d’un apaisement intérieur.
Le récit le plus fort et le plus bouleversant du livre est sans conteste celui de cette jeune mère de famille victime d’un accident vasculaire cérébral. Ces «Trois lettres assassines» (AVC) témoignent avec beaucoup de sensibilité et de justesse de la cruelle descente aux enfers, de la vie injustement ravagée, des souffrances, du dévouement du personnel soignant, de l’espoir et de la révolte. Cette nouvelle se continue par «Home» qui relate le difficile retour dans l’environnement familial, le long et cahoteux travail de réhabilitation, le combat quotidien contre les limites du handicap et pour la sauvegarde de la relation avec les deux petites filles de la famille.
Daniel Tschumy témoigne d’un sens aigu de l’observation des lieux et des gens. Ses descriptions sont précises, minutieuses même. On sent un regard attentif et le souci de restituer les choses telles qu’elles sont. Pour cela, son écriture est travaillée, le détail est soigné, parfois jusqu’à une certaine préciosité. Cette maîtrise du langage et l’exactitude des portraits confèrent à Place du Nord et autres lieux un réalisme puissant. Les dix nouvelles sont l’occasion de belles rencontres avec des personnages vrais et des situations marquantes qui prennent une actualité supplémentaire en s’inscrivant dans le cadre connu de la Place du Nord, des tours de Valmont, de la colline de Montriond ou de tant d’autres lieux familiers de la capitale vaudoise.
Né en 1964, Daniel Tschumy a étudié les lettres à l'Université de Lausanne et enseigne au gymnase de la Cité. Il est l’auteur de poèmes et de récits de voyage.
Heureuse découverte que le dernier livre de Daniel Tschumy récemment paru chez Bernard Campiche Éditeur. Place du Nord et autres lieux contient dix nouvelles ayant pour décors l’un ou l’autre quartier de Lausanne. Dix histoires ordinaires, parfois légères, souvent graves, qui pourraient paraître banales mais qui se révèlent toujours uniques sous le regard aiguisé de l’auteur. Tous ces courts récits ont ceci en commun qu’ils s’articulent autour d’un évènement – souvent une blessure ou une attente – qui vient changer le cours d’une existence.
Ainsi en est-il de «La chambre d’Eric». Trois anciens camarades du collège de Béthusy se donnent rendez-vous un vendredi en fin d’après-midi sur un banc de la Riponne pour évoquer un épisode de leur enfance. Le mauvais tour joué à l’un d’entre eux a marqué leurs destins, chacun de manière différente mais profonde. Bien des années plus tard, cette rencontre leur permet de renouer les fils de leurs parcours et de laisser le passé se refermer sur cette ancienne fêlure.
Avec «Les eaux de la mer», un vieillard, terrassé par le remord, confie dans un cahier le lourd secret qui le ronge. C’est lui le chauffard qui, quelques années plus tôt, a fauché un jeune homme Place du Nord avant de prendre la fuite. Cet aveu tardif, obtenu au terme d’un difficile processus d’écriture, provoque en lui un allègement, le début d’un apaisement intérieur.
Le récit le plus fort et le plus bouleversant du livre est sans conteste celui de cette jeune mère de famille victime d’un accident vasculaire cérébral. Ces «Trois lettres assassines» (AVC) témoignent avec beaucoup de sensibilité et de justesse de la cruelle descente aux enfers, de la vie injustement ravagée, des souffrances, du dévouement du personnel soignant, de l’espoir et de la révolte. Cette nouvelle se continue par «Home» qui relate le difficile retour dans l’environnement familial, le long et cahoteux travail de réhabilitation, le combat quotidien contre les limites du handicap et pour la sauvegarde de la relation avec les deux petites filles de la famille.
Daniel Tschumy témoigne d’un sens aigu de l’observation des lieux et des gens. Ses descriptions sont précises, minutieuses même. On sent un regard attentif et le souci de restituer les choses telles qu’elles sont. Pour cela, son écriture est travaillée, le détail est soigné, parfois jusqu’à une certaine préciosité. Cette maîtrise du langage et l’exactitude des portraits confèrent à Place du Nord et autres lieux un réalisme puissant. Les dix nouvelles sont l’occasion de belles rencontres avec des personnages vrais et des situations marquantes qui prennent une actualité supplémentaire en s’inscrivant dans le cadre connu de la Place du Nord, des tours de Valmont, de la colline de Montriond ou de tant d’autres lieux familiers de la capitale vaudoise.
Né en 1964, Daniel Tschumy a étudié les lettres à l'Université de Lausanne et enseigne au gymnase de la Cité. Il est l’auteur de poèmes et de récits de voyage.
Un autre? Des autres. Cet homme par exemple qui revient sur les lieux du passé et y trouve une femme prête à squatter sa vie. Cet autre que hante le souvenir d’un accident inavoué. Il y a celui qui est parti chercher à Delhi un destin qui l’attendait au coin de sa rue… Il y a même des femmes, et d’une jolie finesse! Vagabondant place du Nord et autres lieux, la plume de Daniel Tschumy fait de très belles rencontres, fortes dans leur banalité, légèrement décalées pourtant, qui toutes traînent dans leurs plis des bribes de souvenirs douloureux malgré leur volontaire désinvolture.
Un autre? Des autres. Cet homme par exemple qui revient sur les lieux du passé et y trouve une femme prête à squatter sa vie. Cet autre que hante le souvenir d’un accident inavoué. Il y a celui qui est parti chercher à Delhi un destin qui l’attendait au coin de sa rue… Il y a même des femmes, et d’une jolie finesse! Vagabondant place du Nord et autres lieux, la plume de Daniel Tschumy fait de très belles rencontres, fortes dans leur banalité, légèrement décalées pourtant, qui toutes traînent dans leurs plis des bribes de souvenirs douloureux malgré leur volontaire désinvolture.
Déambulations intérieures sur la
Déambulations intérieures sur la Place du Nord et autres lieux
Le Lausannois Daniel Tschumy confronte des êtres ou des fantômes à une blessure qu’ils pansent par la parole ou l’écriture. Et qui se réinventent
Place du Nord, à Lausanne. L’écrivain, comme le peintre, le réalisateur, le photographe, isole les lieux, les lumières, les êtres, pour transmettre, dire, aller ailleurs, au-delà. Daniel Tschumy a posé son regard d’écrivain sur la place du Nord à Lausanne. Dans la nouvelle qui porte ce nom et qui donne le titre au recueil, on se dit que ces mots-là, Place du Nord , résonnent d’une vibration particulière, porteuse d’échappées encore possibles ou déjà hors de portée. On se dit qu’il fallait écrire sur cette place avec un nom pareil, à la fois si banal et si ouvert sur le large. Mais ce sont bien les mots de l’écrivain lancés tel un filet qui éclairent cette petite place anodine de Lausanne et la transforment en personnage, en matière vive où les phrases se déposent et ouvrent des voies, ralentissent le regard et même le temps. Avant Place du Nord , Daniel Tschumy a publié trois recueils de poèmes et deux récits.
Lausanne, ses rues, ses places, ses cafés sont peints à plusieurs reprises. La citation de Philippe Delerm, en exergue du recueil, résonne au fil des pages: «Pour connaître le vrai plaisir de la rue, mieux vaut faire partie des regardants. À l’ombre ou au soleil.» L’auteur sait sans doute se perdre dans l’observation diurne et nocturne de sa ville et ses personnages comportent peut-être des éclats, des traits entraperçus sur un trottoir ou une place.
Dans chacune ou presque des dix nouvelles qui composent Place du Nord et autres lieux , des êtres ou des fantômes se confrontent à une blessure, un souvenir, une vision, qui tranche leur vie en deux, un avant et un après. Cette découpe, qui sous-tend le récit tel un moteur silencieux, est travaillée de multiples façons. Plusieurs nouvelles se présentent en binôme, un même récit étant raconté par des protagonistes différents. Le plus souvent, la confrontation à l’événement permet un apaisement, même diffus, un accroissement de l’être, du courage. Et souvent, les mots ou la parole sont le viatique pour poursuivre la route.
Parfois, Daniel Tschumy joue des tours au lecteur qui croit reconnaître des situations pour s’apercevoir en cours de route qu’elles étaient d’un autre ordre. Comme dans «Un crime délicieux»: une femme, Camille, attend dans un café. Le narrateur extérieur donne d’abord l’impression de n’être là que pour elle, décrivant la scène par ses yeux et ses humeurs. Camille regarde à la dérobée une autre cliente, élégante, qui boit un verre de vin. Camille attend impatiemment quelqu’un, objet d’un vif amour. Le lecteur aura deux surprises: l’identité de la personne attendue et la «trahison» du narrateur qui passera, avec l’aisance d’une contre-plongée de cinéma, dans la tête de l’autre femme qui ,de regardée, deviendra regardante. D’autres fois, le trouble est mis dans la personne même du narrateur, comme dans «Place du Nord» où un homme doté d’une capacité aiguë à ressentir les vibrations de la rue, des cafés et des êtres raconte à la première personne son retour dans son ancien appartement.
Qu’il s’agisse de cet homme de la place du Nord; du vieil homme, rongé par un secret dont il veut se décharger par écrit; de Luc, qui invite un ancien ami d’enfance à le retrouver sur un banc, place de la Riponne, à Lausanne toujours, pour évoquer une trahison ancienne; ou encore de l’apparition d’un enfant dans une rue de Delhi, un 15 août, jour de l’Indépendance indienne, Daniel Tschumy impose un rythme à la lecture, une intensité dans l’analyse des situations, des chocs et contre-chocs, infimes ou majeurs. Récits de transformation, de réinvention, ils se donnent à voir, à vivre dans la matière même des phrases.
Le recueil se termine par «Trois lettres assassines» et «Home». Les trois lettres désignent les initiales AVC, accident vasculaire cérébral. Rupture majeure, cauchemardesque, entre la vie d’avant et d’après. Nadia, maman de deux petites filles, éducatrice vive et gracieuse, s’écroule à la maison, un calme dimanche de novembre 2008. La traversée de son enfer pour revenir, lentement, à la vie est racontée par son mari, debout mais «dévasté à l’intérieur». «Home» suit le retour, éprouvant, à la maison. Il s’agit alors, pour le narrateur, de s’éloigner du refuge de l’écriture, d’éteindre l’ordinateur et d’aider sa femme «à retourner le plus loin possible dans le monde».
Déambulations intérieures sur la
Déambulations intérieures sur la Place du Nord et autres lieux
Le Lausannois Daniel Tschumy confronte des êtres ou des fantômes à une blessure qu’ils pansent par la parole ou l’écriture. Et qui se réinventent
Place du Nord, à Lausanne. L’écrivain, comme le peintre, le réalisateur, le photographe, isole les lieux, les lumières, les êtres, pour transmettre, dire, aller ailleurs, au-delà. Daniel Tschumy a posé son regard d’écrivain sur la place du Nord à Lausanne. Dans la nouvelle qui porte ce nom et qui donne le titre au recueil, on se dit que ces mots-là, Place du Nord , résonnent d’une vibration particulière, porteuse d’échappées encore possibles ou déjà hors de portée. On se dit qu’il fallait écrire sur cette place avec un nom pareil, à la fois si banal et si ouvert sur le large. Mais ce sont bien les mots de l’écrivain lancés tel un filet qui éclairent cette petite place anodine de Lausanne et la transforment en personnage, en matière vive où les phrases se déposent et ouvrent des voies, ralentissent le regard et même le temps. Avant Place du Nord , Daniel Tschumy a publié trois recueils de poèmes et deux récits.
Lausanne, ses rues, ses places, ses cafés sont peints à plusieurs reprises. La citation de Philippe Delerm, en exergue du recueil, résonne au fil des pages: «Pour connaître le vrai plaisir de la rue, mieux vaut faire partie des regardants. À l’ombre ou au soleil.» L’auteur sait sans doute se perdre dans l’observation diurne et nocturne de sa ville et ses personnages comportent peut-être des éclats, des traits entraperçus sur un trottoir ou une place.
Dans chacune ou presque des dix nouvelles qui composent Place du Nord et autres lieux , des êtres ou des fantômes se confrontent à une blessure, un souvenir, une vision, qui tranche leur vie en deux, un avant et un après. Cette découpe, qui sous-tend le récit tel un moteur silencieux, est travaillée de multiples façons. Plusieurs nouvelles se présentent en binôme, un même récit étant raconté par des protagonistes différents. Le plus souvent, la confrontation à l’événement permet un apaisement, même diffus, un accroissement de l’être, du courage. Et souvent, les mots ou la parole sont le viatique pour poursuivre la route.
Parfois, Daniel Tschumy joue des tours au lecteur qui croit reconnaître des situations pour s’apercevoir en cours de route qu’elles étaient d’un autre ordre. Comme dans «Un crime délicieux»: une femme, Camille, attend dans un café. Le narrateur extérieur donne d’abord l’impression de n’être là que pour elle, décrivant la scène par ses yeux et ses humeurs. Camille regarde à la dérobée une autre cliente, élégante, qui boit un verre de vin. Camille attend impatiemment quelqu’un, objet d’un vif amour. Le lecteur aura deux surprises: l’identité de la personne attendue et la «trahison» du narrateur qui passera, avec l’aisance d’une contre-plongée de cinéma, dans la tête de l’autre femme qui ,de regardée, deviendra regardante. D’autres fois, le trouble est mis dans la personne même du narrateur, comme dans «Place du Nord» où un homme doté d’une capacité aiguë à ressentir les vibrations de la rue, des cafés et des êtres raconte à la première personne son retour dans son ancien appartement.
Qu’il s’agisse de cet homme de la place du Nord; du vieil homme, rongé par un secret dont il veut se décharger par écrit; de Luc, qui invite un ancien ami d’enfance à le retrouver sur un banc, place de la Riponne, à Lausanne toujours, pour évoquer une trahison ancienne; ou encore de l’apparition d’un enfant dans une rue de Delhi, un 15 août, jour de l’Indépendance indienne, Daniel Tschumy impose un rythme à la lecture, une intensité dans l’analyse des situations, des chocs et contre-chocs, infimes ou majeurs. Récits de transformation, de réinvention, ils se donnent à voir, à vivre dans la matière même des phrases.
Le recueil se termine par «Trois lettres assassines» et «Home». Les trois lettres désignent les initiales AVC, accident vasculaire cérébral. Rupture majeure, cauchemardesque, entre la vie d’avant et d’après. Nadia, maman de deux petites filles, éducatrice vive et gracieuse, s’écroule à la maison, un calme dimanche de novembre 2008. La traversée de son enfer pour revenir, lentement, à la vie est racontée par son mari, debout mais «dévasté à l’intérieur». «Home» suit le retour, éprouvant, à la maison. Il s’agit alors, pour le narrateur, de s’éloigner du refuge de l’écriture, d’éteindre l’ordinateur et d’aider sa femme «à retourner le plus loin possible dans le monde».
Dix nouvelles, variations sur le thème de la blessure. Culpabilité, échecs personnels en tous genres, accident foudroyant, aucun personnage n’est ici à l’abri. Ce vieil homme par exemple, qui tente d’expier sa faute entre les murs de son institution. Ou alors ces deux femmes, vivant l’une son attente impatiente dans le coin d’un café, l’autre ses ultimes instants de bonheur en habillant sa fille. Mais derrière la blessure pointe une force, révolte ou résistance, qui va rendre possibles différentes formes de renouveau, au-delà du remords, de la solitude, du handicap peut-être. Route ardue, où la parole est une alliée précieuse, qu’elle soit échangée sur un banc public ou couchée par écrit. Des présences offrent également leur baume – amie retrouvée après une longue absence, enfants surgissant çà et là pour empêcher leurs aînés de stagner. Sans oublier une galerie de décors, lausannois la plupart, dont l’alchimie particulière imprègne les acteurs. Comme si leur chemin devait emprunter ce lieu précis – colline, place, quartier – à l’exclusion de tout autre, forcément plus fade, moins riche en vibrations…
Dix nouvelles, variations sur le thème de la blessure. Culpabilité, échecs personnels en tous genres, accident foudroyant, aucun personnage n’est ici à l’abri. Ce vieil homme par exemple, qui tente d’expier sa faute entre les murs de son institution. Ou alors ces deux femmes, vivant l’une son attente impatiente dans le coin d’un café, l’autre ses ultimes instants de bonheur en habillant sa fille. Mais derrière la blessure pointe une force, révolte ou résistance, qui va rendre possibles différentes formes de renouveau, au-delà du remords, de la solitude, du handicap peut-être. Route ardue, où la parole est une alliée précieuse, qu’elle soit échangée sur un banc public ou couchée par écrit. Des présences offrent également leur baume – amie retrouvée après une longue absence, enfants surgissant çà et là pour empêcher leurs aînés de stagner. Sans oublier une galerie de décors, lausannois la plupart, dont l’alchimie particulière imprègne les acteurs. Comme si leur chemin devait emprunter ce lieu précis – colline, place, quartier – à l’exclusion de tout autre, forcément plus fade, moins riche en vibrations…