Un lit en fer dans un espace vide et clos.
Un corps, immobile et muet, est assis sur ce lit.
Un deuxième, bavard, se tenant à côté, dessine des bouches et répare les machines à écrire.
Un troisième cherche la bouche du deuxième.
Un quatrième, ayant parcouru bien des corps, ne désire maintenant plus que le troisième.
Un lit en fer dans un espace vide et clos.
Sur lequel se succèdent, à tour de rôle, différents corps.
Immobiles et muets,
Kristina Djordjevic, d’origine serbe, est née le 18 mars 1981 en Libye. Ayant passé une partie de son enfance entre la Serbie et la Libye, elle arrive en 1991 en Suisse, où elle poursuivra une grande partie de ses études. Elle obtient en 2005 une maîtrise en Sciences de la société à l’Université de Fribourg. Après un court stage de journalisme peu convaincant et des cours de théâtre à Neuchâtel, elle choisit de poursuivre sa formation de comédienne. Elle part suivre des cours d’art dramatique à l’école Jean Périmony à Paris. Insatisfaite de l’enseignement proposé, elle quitte l’école. En 2006, elle joue dans La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco, mis en scène par Matthieu Lhermitte.
Actuellement, elle vit à Paris, se consacre à l’écriture et continue sa formation théâtrale à travers des stages.
Corps , son premier texte publié, a obtenu le Prix SSA 2008 à l’écriture théâtrale.
EUGÈNE
Rame
Lauréat du Prix SSA 2007 à l’écriture théâtrale
Aviron: nom masculin Seul sport collectif où les coéquipiers tournent le dos à l’objectif, accordant les pleins pouvoirs à un seul homme, le barreur. Toute ressemblance avec une dictature n’est pas le fruit d’une coïncidence.
Barreur: nom masculin Celui qui tient la barre, qui dirige la barque. Napoléon, Ceausescu et l’infirmière de Vol au-dessus d’un nid de coucous sont des barreurs.
Rameur: nom masculin Être humain acceptant de souffrir, de transpirer et même de respirer selon le rythme imposé par le barreur.
Rame: nom féminin Longue pièce de bois aplatie à une extrémité, utilisée pour propulser de petites embarcations ou… frapper violemment sur la tête d’un coéquipier.
Eugène. En gros, se consacre à l'écriture sous toutes ses formes (roman, nouvelle, théâtre, chroniques, guide de voyage d'un pays imaginaire) depuis 10 ans.
A été chroniqueur pour L'Hebdo et la Radio Suisse Romande. Il tient une chronique dans le magazine d'architecture Tracés depuis quatre ans.
Création de Rame.
Le 9 septembre 2008. Au Théâtre Vidy-Lausanne. Mise en scène: Christian Denisart.
Scénographie et lumière: Gilbert Maire. Costumes: Cécile Collet. Musique : No Square.
Avec: Jean Cuénot, Lionel Frésard, Corinne Frimas, Florence Quartenoud, Pascal Schopfer.
Musique: Stefan Aeby, André Hahne, Yannick Oppliger, Guillaume Perret.
Coproduction: Les Voyages Extraordinaires, Théâtre Vidy-Lausanne, Théâtre de l’Oriental.
Christian Denisart et Eugène rament au Théâtre de Vidy
Pour leur première pièce à Vidy, l’écrivain Eugène et le metteur en scène Christian Denisart ont investi… un local d’entraînement pour l’aviron! Cinq comédiens évoluent sur un «tank à ramer». Coup d’œil indiscret dans le bassin.
On croit avoir acheté un billet pour le Théâtre de Vidy, et voilà qu’on se retrouve à longer le lac encore un petit kilomètre vers l’ouest, avant de découvrir une salle éphémère et singulière. Rame , écrit par Eugène et mis en scène par Christian Denisart, a pour décor… le local d’entraînement que se partagent les sociétés d’aviron de Lausanne. Dans cette baraque en bois trônent un bassin et un «tank à ramer». Dès mardi soir, cinq comédiens sueront sur l’engin d’exercice durant une heure trente. Les spectateurs, disposés autour du plan d’eau, suivront leurs efforts de près.
Tout démarre légèrement, lorsqu’un touriste se voit proposer de jouer le quatrième rameur d’une équipe d’aviron, le temps d’une initiation. Ce qui débutait comme un intermède agréable pour cet ingénieur en vacances tourne subrepticement au cauchemar. Il se retrouve contraint de partager le destin des autres rameurs, sous l’emprise d’un barreur aux intentions douteuses. Placé à l’arrière, face aux autres, lui seul voit où se dirige l’embarcation effilée. «C’est une pièce sur la manipulation, détaille Eugène. L’aviron est le seul sport où les coéquipiers tournent le dos à l’objectif. Ils font entièrement confiance au barreur. Mais que se passe-t-il si celui-ci ment?» Le texte, qui a gagné en 2007 le Prix de la Société suisse des auteurs, interroge avec ironie notre capacité à vivre ensemble. L’auteur lausannois, qui a remporté cette année le Prix des auditeurs de la Radio suisse romande pour L a Vallée de la Jeunesse, y brocarde le monde du travail. Il se rit aussi des épreuves qui jalonnent des émissions telles que Koh-Lanta.
Un projet né du lieu
Avant le texte, un lieu. «J’ai découvert l’endroit lors d’une fête, et on m’a expliqué les entraînements, avec ces gens qui rament sur place. Il m’est venu l’idée d’exploiter cette situation, et j’ai demandé à Eugène d’écrire une pièce», note Christian Denisart. Les compères se connaissent depuis l’âge de douze ans. Ils ont monté ensemble Le Voyage en Pamukalie . Eugène a imaginé un pays qui n’existe pas. Son complice en a fait un spectacle, sous une yourte. D’abord musicien, le metteur en scène a monté plusieurs créations originales avec sa compagnie Les voyages extraordinaires. Ainsi, dans Festen , certains spectateurs étaient invités à rejoindre les comédiens attablés.
Rame est un huis clos où les personnages bougent le haut du corps, mais ne se déplacent pas. Une gageure pour les comédiens… Autre difficulté, les regards de certains ne se croisent jamais. Corinne Frimas, qui interprète la rameuse de tête, confie apercevoir le barreur si elle se penche, «sinon, je ne vois que des nuques». Il a fallu aussi, pour Gilbert Maire, trouver des éclairages qui conviennent des trois côtés. Et «transformer ce lieu en lui laissant sa caractéristique». Pour alléger le propos, le groupe No Square , caché derrière une tenture, distille sa musique jazzy.
Les Lausannois Eugène et Christian Denisart intègrent pour la première fois la programmation de Vidy. «Vingt ans que j’en rêvais, depuis que je suis venu voir ma première pièce ici», jubile l’écrivain.
Enjeux 5
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Revue de presse3
Un lit en fer dans un espace vide et clos.
Un corps, immobile et muet, est assis sur ce lit.
Un deuxième, bavard, se tenant à côté, dessine des bouches et répare les machines à écrire.
Un troisième cherche la bouche du deuxième.
Un quatrième, ayant parcouru bien des corps, ne désire maintenant plus que le troisième.
Un lit en fer dans un espace vide et clos.
Sur lequel se succèdent, à tour de rôle, différents corps.
Immobiles et muets,
Kristina Djordjevic, d’origine serbe, est née le 18 mars 1981 en Libye. Ayant passé une partie de son enfance entre la Serbie et la Libye, elle arrive en 1991 en Suisse, où elle poursuivra une grande partie de ses études. Elle obtient en 2005 une maîtrise en Sciences de la société à l’Université de Fribourg. Après un court stage de journalisme peu convaincant et des cours de théâtre à Neuchâtel, elle choisit de poursuivre sa formation de comédienne. Elle part suivre des cours d’art dramatique à l’école Jean Périmony à Paris. Insatisfaite de l’enseignement proposé, elle quitte l’école. En 2006, elle joue dans La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco, mis en scène par Matthieu Lhermitte.
Actuellement, elle vit à Paris, se consacre à l’écriture et continue sa formation théâtrale à travers des stages.
Corps , son premier texte publié, a obtenu le Prix SSA 2008 à l’écriture théâtrale.
EUGÈNE
Rame
Lauréat du Prix SSA 2007 à l’écriture théâtrale
Aviron: nom masculin Seul sport collectif où les coéquipiers tournent le dos à l’objectif, accordant les pleins pouvoirs à un seul homme, le barreur. Toute ressemblance avec une dictature n’est pas le fruit d’une coïncidence.
Barreur: nom masculin Celui qui tient la barre, qui dirige la barque. Napoléon, Ceausescu et l’infirmière de Vol au-dessus d’un nid de coucous sont des barreurs.
Rameur: nom masculin Être humain acceptant de souffrir, de transpirer et même de respirer selon le rythme imposé par le barreur.
Rame: nom féminin Longue pièce de bois aplatie à une extrémité, utilisée pour propulser de petites embarcations ou… frapper violemment sur la tête d’un coéquipier.
Eugène. En gros, se consacre à l'écriture sous toutes ses formes (roman, nouvelle, théâtre, chroniques, guide de voyage d'un pays imaginaire) depuis 10 ans.
A été chroniqueur pour L'Hebdo et la Radio Suisse Romande. Il tient une chronique dans le magazine d'architecture Tracés depuis quatre ans.
Création de Rame.
Le 9 septembre 2008. Au Théâtre Vidy-Lausanne. Mise en scène: Christian Denisart.
Scénographie et lumière: Gilbert Maire. Costumes: Cécile Collet. Musique : No Square.
Avec: Jean Cuénot, Lionel Frésard, Corinne Frimas, Florence Quartenoud, Pascal Schopfer.
Musique: Stefan Aeby, André Hahne, Yannick Oppliger, Guillaume Perret.
Coproduction: Les Voyages Extraordinaires, Théâtre Vidy-Lausanne, Théâtre de l’Oriental.
Christian Denisart et Eugène rament au Théâtre de Vidy
Pour leur première pièce à Vidy, l’écrivain Eugène et le metteur en scène Christian Denisart ont investi… un local d’entraînement pour l’aviron! Cinq comédiens évoluent sur un «tank à ramer». Coup d’œil indiscret dans le bassin.
On croit avoir acheté un billet pour le Théâtre de Vidy, et voilà qu’on se retrouve à longer le lac encore un petit kilomètre vers l’ouest, avant de découvrir une salle éphémère et singulière. Rame , écrit par Eugène et mis en scène par Christian Denisart, a pour décor… le local d’entraînement que se partagent les sociétés d’aviron de Lausanne. Dans cette baraque en bois trônent un bassin et un «tank à ramer». Dès mardi soir, cinq comédiens sueront sur l’engin d’exercice durant une heure trente. Les spectateurs, disposés autour du plan d’eau, suivront leurs efforts de près.
Tout démarre légèrement, lorsqu’un touriste se voit proposer de jouer le quatrième rameur d’une équipe d’aviron, le temps d’une initiation. Ce qui débutait comme un intermède agréable pour cet ingénieur en vacances tourne subrepticement au cauchemar. Il se retrouve contraint de partager le destin des autres rameurs, sous l’emprise d’un barreur aux intentions douteuses. Placé à l’arrière, face aux autres, lui seul voit où se dirige l’embarcation effilée. «C’est une pièce sur la manipulation, détaille Eugène. L’aviron est le seul sport où les coéquipiers tournent le dos à l’objectif. Ils font entièrement confiance au barreur. Mais que se passe-t-il si celui-ci ment?» Le texte, qui a gagné en 2007 le Prix de la Société suisse des auteurs, interroge avec ironie notre capacité à vivre ensemble. L’auteur lausannois, qui a remporté cette année le Prix des auditeurs de la Radio suisse romande pour L a Vallée de la Jeunesse, y brocarde le monde du travail. Il se rit aussi des épreuves qui jalonnent des émissions telles que Koh-Lanta.
Un projet né du lieu
Avant le texte, un lieu. «J’ai découvert l’endroit lors d’une fête, et on m’a expliqué les entraînements, avec ces gens qui rament sur place. Il m’est venu l’idée d’exploiter cette situation, et j’ai demandé à Eugène d’écrire une pièce», note Christian Denisart. Les compères se connaissent depuis l’âge de douze ans. Ils ont monté ensemble Le Voyage en Pamukalie . Eugène a imaginé un pays qui n’existe pas. Son complice en a fait un spectacle, sous une yourte. D’abord musicien, le metteur en scène a monté plusieurs créations originales avec sa compagnie Les voyages extraordinaires. Ainsi, dans Festen , certains spectateurs étaient invités à rejoindre les comédiens attablés.
Rame est un huis clos où les personnages bougent le haut du corps, mais ne se déplacent pas. Une gageure pour les comédiens… Autre difficulté, les regards de certains ne se croisent jamais. Corinne Frimas, qui interprète la rameuse de tête, confie apercevoir le barreur si elle se penche, «sinon, je ne vois que des nuques». Il a fallu aussi, pour Gilbert Maire, trouver des éclairages qui conviennent des trois côtés. Et «transformer ce lieu en lui laissant sa caractéristique». Pour alléger le propos, le groupe No Square , caché derrière une tenture, distille sa musique jazzy.
Les Lausannois Eugène et Christian Denisart intègrent pour la première fois la programmation de Vidy. «Vingt ans que j’en rêvais, depuis que je suis venu voir ma première pièce ici», jubile l’écrivain.
Avec :
Clothilde : Isabelle Bosson
Clovis : Michel Demierre
Didi : Séverine Bujard
Dada : Alfredo Gnasso
Dominique : Fanny Pélichet
Secret en eau chlorée au Pulloff
Le Pulloff commence sa saison avec une création toute romande: Apnée, de l’auteure veveysanne Anne-Frédérique Rochat, mise en scène par Nathalie Lannuzel.
Décor tout de blanc, lumières découpées, accords de piano inquiétants. Apnée, première création de la saison au Pulloff, se présente dès ses premiers instants comme un thriller psychologique grinçant. L’espace vide, entouré de panneaux blancs, laisse soudain apparaître, derrière un pan qui se relève, un vieux couple jouant à des jeux de société. Se chahutant sans cesse, Dada et Didi vont scander d’un bout à l’autre le récit de leurs commentaires ironiques: «Échec et mat», «faites vos jeux, rien ne va plus»…
C’est dans cette atmosphère trouble qu’entre la jeune Dominique (Fanny Pelichet), une aide à domicile, qui vient donner un coup de main aux enfants des vieillards, le couple Clothilde (Isabelle Bosson) et Clovis (Michel Demierre). Depuis vingt-deux ans, Clovis a perdu l’odorat. On ignore pour quelle raison. Peut-être un choc psychologique?
Avançant par brèves séquences, l’intrigue révèle petit à petit ses fantômes: la noyade dans la piscine des jumeaux du couple, âgés de trois ans, la jalousie maladive de la mère, la folie d’un acte criminel…
Avec une belle sobriété, imbibée de surréalisme, Nathalie Lannuzel met en scène la pièce de la Veveysanne Anne-Frédérique Rochat. Elle y dresse une atmosphère trouble, tout en donnant la priorité au jeu des comédiens. Le texte révèle, quant à lui, des éclats d’humour noir totalement irrésistibles. Dommage cependant que le suspense n’ait été préservé jusqu’au bout. Véritable atout de la pièce, la prestation décalée des deux grands-parents (Séverine Bujard et Alfredo Gnasso), cyniques à souhait, donne à l’ensemble le ton d’une folle tragédie comique.
Avec :
Clothilde : Isabelle Bosson
Clovis : Michel Demierre
Didi : Séverine Bujard
Dada : Alfredo Gnasso
Dominique : Fanny Pélichet
Secret en eau chlorée au Pulloff
Le Pulloff commence sa saison avec une création toute romande: Apnée, de l’auteure veveysanne Anne-Frédérique Rochat, mise en scène par Nathalie Lannuzel.
Décor tout de blanc, lumières découpées, accords de piano inquiétants. Apnée, première création de la saison au Pulloff, se présente dès ses premiers instants comme un thriller psychologique grinçant. L’espace vide, entouré de panneaux blancs, laisse soudain apparaître, derrière un pan qui se relève, un vieux couple jouant à des jeux de société. Se chahutant sans cesse, Dada et Didi vont scander d’un bout à l’autre le récit de leurs commentaires ironiques: «Échec et mat», «faites vos jeux, rien ne va plus»…
C’est dans cette atmosphère trouble qu’entre la jeune Dominique (Fanny Pelichet), une aide à domicile, qui vient donner un coup de main aux enfants des vieillards, le couple Clothilde (Isabelle Bosson) et Clovis (Michel Demierre). Depuis vingt-deux ans, Clovis a perdu l’odorat. On ignore pour quelle raison. Peut-être un choc psychologique?
Avançant par brèves séquences, l’intrigue révèle petit à petit ses fantômes: la noyade dans la piscine des jumeaux du couple, âgés de trois ans, la jalousie maladive de la mère, la folie d’un acte criminel…
Avec une belle sobriété, imbibée de surréalisme, Nathalie Lannuzel met en scène la pièce de la Veveysanne Anne-Frédérique Rochat. Elle y dresse une atmosphère trouble, tout en donnant la priorité au jeu des comédiens. Le texte révèle, quant à lui, des éclats d’humour noir totalement irrésistibles. Dommage cependant que le suspense n’ait été préservé jusqu’au bout. Véritable atout de la pièce, la prestation décalée des deux grands-parents (Séverine Bujard et Alfredo Gnasso), cyniques à souhait, donne à l’ensemble le ton d’une folle tragédie comique.
Eugène, la question de la forme idéale
Rencontre. À l’occasion de la parution de Rame, une pièce comique sur les jeux de pouvoir, l’auteur d’origine roumaine nous confie sa relation au théâtre et ses impressions sur la nouvelle scène suisse romande.
Sa dernière pièce de théâtre fait honneur au nom de jeune fille de sa mère : Ionesco. Avec Rame , Eugène imagine les dialogues tour à tour absurdes, drôles et effrayants d’un vacancier embarqué de force par des rameurs, et leur chef, le barreur, sur un aviron qui circule sur les mers depuis sept ans.
En création au Théâtre de Vidy au mois de septembre, cette pièce vient d’être reprise à l’Oriental de Vevey. Elle a gagné le Prix de la SSA 2007 à l’écriture théâtrale et se trouve publiée dans le recueil Enjeux 5 .
Auteur de romans et de nouvelles publiés aux Éditions de l’Aire et de textes pour enfants édités à La Joie de lire, notamment La Vallée de la jeunesse où il raconte son enfance, Eugène s’intéresse depuis longtemps au théâtre.
Comment êtes-vous arrivé à l’écriture théâtrale ?
Eugène : Je suis toujours entré chez les éditeurs avec des pièces de théâtre. À La Joie de lire, ce fut avec Dorothy , une pièce de théâtre traitée sous la forme d’un conte en dialogues. Aux Éditions de l’Aire, un membre du comité de lecture a vu une de mes pièces, Le Dé à une face , à la Grange de Dorigny et m’a demandé si j’avais d’autres choses à lui montrer. Michel Moret a alors lu cinq monologues de vieilles dames ainsi que des nouvelles et les a publiés sous le titre Quinze mètres de gloire en 1995. J’ai chéri le monologue pendant longtemps : faire parler quelqu’un avec sa folie et sa logique interne me plaît beaucoup. Le théâtre a toujours été proche de moi : j’ai fait mon mémoire de licence en lettres sur le parallèle entre En attendant Godot de Beckett et les peintures de Giacometti.
J’aimais bien écrire depuis longtemps, mais je ne parvenais pas à finir mes textes. Mes feuilles étaient des hérissons de flèches que j’étais incapable de recopier au net. L’apparition de l’ordinateur m’a beaucoup aidé ! À cette époque, j’ai aussi dû cesser mes cours d’improvisation et mes occupations de danseur pour le groupe Sakaryn, à cause de la réapparition de mon arthrite juvénile. Il m’a fallu trouver d’autres activités. J’ai parlé de cette maladie pour la première fois sans métaphore dans la nouvelle « Le post-scriptum de Vercingétorix », du recueil L’Ouvre-boîte , en 1996.
Comment se sont déroulées les représentations de Rame au théâtre de Vidy ?
La pièce était jouée dans le hangar à ramer des deux clubs d’aviron de Lausanne. Beaucoup de sportifs ont vu la pièce, ce qui est rare. Des rameurs se sont déplacés depuis Morges et Yverdon pour voir ce qu’on disait de leur sport. J’étais stupéfait : ils ont trouvé la pièce réaliste alors que je la pensais ubuesque. Ils ont estimé qu’il s’agissait d’un vrai miroir, parce que eux aussi essaient de convaincre les bons rameurs de rester une saison de plus.
Rame est-il une allégorie de la dictature ?
Oui, mais c’est aussi une réflexion sur la vie en groupe ; ça pourrait être la métaphore de la situation des employés d’une PME. D’ailleurs, pour aider ses comédiens à analyser les attitudes des personnages, le metteur en scène Christian Denisart comparait leurs situations à celle d’une secrétaire qui drague son patron, ou d’un patron qui invente un grand danger pour faire passer certaines mauvaises nouvelles. Ça marche aussi lors de voyages à plusieurs : il y a toujours quelqu’un pour penser qu’il sait mieux que les autres.
» La métaphore de départ, des gens qui rament depuis sept ans, n’est clairement pas plausible et indique tout de suite que l’on se trouve dans une fable. Le point de départ permet toutes sortes d’interprétations, et certaines scènes évoquent les initiatives populaires aux phrases manipulatrices ou imitent le discours de droite qui ne supporte pas le non-respect des traditions par les étrangers. Il y a aussi un côté En attendant Godot , avec le paquebot merveilleux au bord duquel l’équipage rêve de monter mais qu’il ne rencontre jamais. Vu qu’il n’arrive rien d’horrible dans cette pièce – toute violence est évacuée hors champ – et qu’on n’y voit pas de tortures, on n’est pas dans le totalitarisme, mais bien dans notre société où le pouvoir passe par la parole.
Est-ce que vous vous revendiquez du théâtre de l’absurde ?
Pour Rame , oui, mais tous mes textes ne sont pas comme ça. Le vrai challenge de celui-ci consistait à faire une pièce avec des personnages qui ne se déplacent pas et ne peuvent que ramer ou parler. La situation de départ, dans un hangar où des gens rament sans avancer, était absurde en soi.
Comment avez-vous travaillé avec le metteur en scène Christian Denisart ?
Je le connais depuis que j’ai douze ans, je faisais des chroniques sur La Première avec lui. Il m’a appelé pour me dire qu’il avait trouvé un tank à ramer et me demander si j’étais d’accord d’écrire une pièce à ce sujet. Christian était mon lecteur privilégié, on a beaucoup travaillé ensemble sur ce texte. Quant aux répétitions, j’y assistais mais sans participer à la mise en scène.
Quelle est la spécificité de l’écriture théâtrale ?
Au théâtre, le texte est juste une couche dans le mille-feuille sémantique que représente une pièce. Cela relativise l’importance de l’écriture, contrairement au roman et au conte. J’aime autant le théâtre que les romans, mais je me pose toujours la question de la forme idéale pendant longtemps.
Que pensez-vous de l’écriture théâtrale en Suisse romande ?
Elle est foisonnante, entre Marielle Pinsard avec sa pièce sur les blondes qui vacille entre happening et analyse du paraître, et Mathieu Bertholet à l’écriture beaucoup plus baroque. L’écriture théâtrale suisse romande n’est pas du tout bourgeoise, au contraire. Sandra Gaudin et Christian Scheidt détournent les formes du théâtre bourgeois avec leur spectacle déstructuré J’aime le théâtre mais je préfère la télévision .
Anne-Frédérique Rochat publie une pièce terrible et drôle
Accueillante et chaleureuse, Anne-Frédérique Rochat ne surprend pourtant pas lorsqu’elle affirme que le théâtre lui a permis de sortir de la timidité de sa jeunesse. Auteure d’ Apnée , pièce publiée dans le recueil Enjeux 5 et mise en scène au Pulloff de Lausanne au mois de septembre, la jeune comédienne raconte comment le théâtre a profondément marqué sa vie. Une vie partagée avec un comédien dans un appartement lumineux de Lausanne.
À Vevey où elle est née en 1977, la petite fille de sept ans commence à écrire. Mais « dans son monde », elle n’est pas très scolaire et sa petite main se crispe sur sa plume. « Il faut dire que j’avais besoin de lunettes, et qu’on s’en est rendu compte plus tard », dit Anne-Frédérique Rochat en riant franchement. Elle voit alors une psychomotricienne qui lui conseille de faire du théâtre. Conseil suivi scrupuleusement puisque la petite fille suit des cours en amateur jusqu’à son entrée au Conservatoire de Lausanne. Là, Anne-Frédérique Rochat effectue un travail technique sur la prise de conscience de sa voix et de son corps, prend de l’assurance, rencontre des gens différents, « mais le plus beau, c’est le souvenir des copains, on était une classe super, il n’y avait pas de compétition saumâtre comme il y en a souvent ».
Sortie du conservatoire en juin 2000, la jeune fille joue environ dans deux pièces par an, dont Je vais te manger le cœur avec mes petites dents de Sandra Gaudin et Hélène Cattin à l’Arsenic de Lausanne et Matin et soir , une adaptation de Jon Fosse par Guillaume Béguin au 2.21, à Lausanne également. Elle garde des souvenirs très vifs d’une pièce jouée à la Comédie de Genève, parce qu’elle empruntait alors le studio d’une amie, situé sur le quai de l’Île et donnant directement sur le Rhône. Et surtout parce que cette pièce était La Cerisaie de Tchekhov, un auteur qui la passionne et l’illumine d’enthousiasme. Elle connaissait et appréciait Molière et Marivaux, mais elle rêvait de jouer les amoureuses de Tchekhov. Elle retrouve son sujet fétiche, l’intime, chez des dramaturges comme Jean-Luc Lagarce et Sarah Kane et des romanciers comme Siri Hustvedt.
Anne-Frédérique Rochat s’est mise à écrire elle-même il y a cinq ou six ans, lors d’une année creuse où ses projets de comédienne n’aboutissaient pas. « Je ne voulais pas passer ma vie à attendre et j’avais un désir de création, aussi. » En 2007, la publication aux Éditions Zoé d’un de ses textes dans le recueil La Suisse côté cour et côté jardin l’encourage vivement. En 2005, elle avait gagné le Prix de la Société suisse des auteurs à l’écriture théâtrale pour Mortifère , et Apnée est mis en scène et publié cet automne. Cette pièce raconte comment une jeune femme employée par un couple sans enfants fait exploser une folie bien enfouie sous une couche de secrets.
Anne-Frédérique rit une fois de plus lorsqu’on lui demande si le thème de la folie lui tient à cœur. « Oui ! La folie, la névrose des gens, c’est ce qui m’intéresse. Au début, je parlais de névroses habituelles, mais plus j’écris, plus ça devient grave. Les gens qui perdent pied me touchent beaucoup. » Le personnage de Clothilde en fait partie. Ses actes sont inexcusables, mais sa personnalité s’est construite à partir de manques et de grosses blessures. « Je ne crois pas que les gens naissent mauvais, et je ne sais pas ce que j’aurais fait à sa place. Et je suis attachée à elle, comme à tous mes personnages, sinon je ne pourrais pas écrire sur eux. »
Sa prochaine pièce – elle a écrit un des textes et elle assiste à la mise en scène – parle de tout autre chose : l’amour. Le collectif Iter, sur une idée de Louise Campanile et de Guillaume Béguin, met en scène vingt comédiens qui devront séduire autant de spectateurs dans un simulacre de « speed dating ». Le spectacle commence en décembre à Sierre, et l’on est curieux de savoir ce que notre jeune auteure dit de la séduction.
Eugène, la question de la forme idéale
Rencontre. À l’occasion de la parution de Rame, une pièce comique sur les jeux de pouvoir, l’auteur d’origine roumaine nous confie sa relation au théâtre et ses impressions sur la nouvelle scène suisse romande.
Sa dernière pièce de théâtre fait honneur au nom de jeune fille de sa mère : Ionesco. Avec Rame , Eugène imagine les dialogues tour à tour absurdes, drôles et effrayants d’un vacancier embarqué de force par des rameurs, et leur chef, le barreur, sur un aviron qui circule sur les mers depuis sept ans.
En création au Théâtre de Vidy au mois de septembre, cette pièce vient d’être reprise à l’Oriental de Vevey. Elle a gagné le Prix de la SSA 2007 à l’écriture théâtrale et se trouve publiée dans le recueil Enjeux 5 .
Auteur de romans et de nouvelles publiés aux Éditions de l’Aire et de textes pour enfants édités à La Joie de lire, notamment La Vallée de la jeunesse où il raconte son enfance, Eugène s’intéresse depuis longtemps au théâtre.
Comment êtes-vous arrivé à l’écriture théâtrale ?
Eugène : Je suis toujours entré chez les éditeurs avec des pièces de théâtre. À La Joie de lire, ce fut avec Dorothy , une pièce de théâtre traitée sous la forme d’un conte en dialogues. Aux Éditions de l’Aire, un membre du comité de lecture a vu une de mes pièces, Le Dé à une face , à la Grange de Dorigny et m’a demandé si j’avais d’autres choses à lui montrer. Michel Moret a alors lu cinq monologues de vieilles dames ainsi que des nouvelles et les a publiés sous le titre Quinze mètres de gloire en 1995. J’ai chéri le monologue pendant longtemps : faire parler quelqu’un avec sa folie et sa logique interne me plaît beaucoup. Le théâtre a toujours été proche de moi : j’ai fait mon mémoire de licence en lettres sur le parallèle entre En attendant Godot de Beckett et les peintures de Giacometti.
J’aimais bien écrire depuis longtemps, mais je ne parvenais pas à finir mes textes. Mes feuilles étaient des hérissons de flèches que j’étais incapable de recopier au net. L’apparition de l’ordinateur m’a beaucoup aidé ! À cette époque, j’ai aussi dû cesser mes cours d’improvisation et mes occupations de danseur pour le groupe Sakaryn, à cause de la réapparition de mon arthrite juvénile. Il m’a fallu trouver d’autres activités. J’ai parlé de cette maladie pour la première fois sans métaphore dans la nouvelle « Le post-scriptum de Vercingétorix », du recueil L’Ouvre-boîte , en 1996.
Comment se sont déroulées les représentations de Rame au théâtre de Vidy ?
La pièce était jouée dans le hangar à ramer des deux clubs d’aviron de Lausanne. Beaucoup de sportifs ont vu la pièce, ce qui est rare. Des rameurs se sont déplacés depuis Morges et Yverdon pour voir ce qu’on disait de leur sport. J’étais stupéfait : ils ont trouvé la pièce réaliste alors que je la pensais ubuesque. Ils ont estimé qu’il s’agissait d’un vrai miroir, parce que eux aussi essaient de convaincre les bons rameurs de rester une saison de plus.
Rame est-il une allégorie de la dictature ?
Oui, mais c’est aussi une réflexion sur la vie en groupe ; ça pourrait être la métaphore de la situation des employés d’une PME. D’ailleurs, pour aider ses comédiens à analyser les attitudes des personnages, le metteur en scène Christian Denisart comparait leurs situations à celle d’une secrétaire qui drague son patron, ou d’un patron qui invente un grand danger pour faire passer certaines mauvaises nouvelles. Ça marche aussi lors de voyages à plusieurs : il y a toujours quelqu’un pour penser qu’il sait mieux que les autres.
» La métaphore de départ, des gens qui rament depuis sept ans, n’est clairement pas plausible et indique tout de suite que l’on se trouve dans une fable. Le point de départ permet toutes sortes d’interprétations, et certaines scènes évoquent les initiatives populaires aux phrases manipulatrices ou imitent le discours de droite qui ne supporte pas le non-respect des traditions par les étrangers. Il y a aussi un côté En attendant Godot , avec le paquebot merveilleux au bord duquel l’équipage rêve de monter mais qu’il ne rencontre jamais. Vu qu’il n’arrive rien d’horrible dans cette pièce – toute violence est évacuée hors champ – et qu’on n’y voit pas de tortures, on n’est pas dans le totalitarisme, mais bien dans notre société où le pouvoir passe par la parole.
Est-ce que vous vous revendiquez du théâtre de l’absurde ?
Pour Rame , oui, mais tous mes textes ne sont pas comme ça. Le vrai challenge de celui-ci consistait à faire une pièce avec des personnages qui ne se déplacent pas et ne peuvent que ramer ou parler. La situation de départ, dans un hangar où des gens rament sans avancer, était absurde en soi.
Comment avez-vous travaillé avec le metteur en scène Christian Denisart ?
Je le connais depuis que j’ai douze ans, je faisais des chroniques sur La Première avec lui. Il m’a appelé pour me dire qu’il avait trouvé un tank à ramer et me demander si j’étais d’accord d’écrire une pièce à ce sujet. Christian était mon lecteur privilégié, on a beaucoup travaillé ensemble sur ce texte. Quant aux répétitions, j’y assistais mais sans participer à la mise en scène.
Quelle est la spécificité de l’écriture théâtrale ?
Au théâtre, le texte est juste une couche dans le mille-feuille sémantique que représente une pièce. Cela relativise l’importance de l’écriture, contrairement au roman et au conte. J’aime autant le théâtre que les romans, mais je me pose toujours la question de la forme idéale pendant longtemps.
Que pensez-vous de l’écriture théâtrale en Suisse romande ?
Elle est foisonnante, entre Marielle Pinsard avec sa pièce sur les blondes qui vacille entre happening et analyse du paraître, et Mathieu Bertholet à l’écriture beaucoup plus baroque. L’écriture théâtrale suisse romande n’est pas du tout bourgeoise, au contraire. Sandra Gaudin et Christian Scheidt détournent les formes du théâtre bourgeois avec leur spectacle déstructuré J’aime le théâtre mais je préfère la télévision .
Anne-Frédérique Rochat publie une pièce terrible et drôle
Accueillante et chaleureuse, Anne-Frédérique Rochat ne surprend pourtant pas lorsqu’elle affirme que le théâtre lui a permis de sortir de la timidité de sa jeunesse. Auteure d’ Apnée , pièce publiée dans le recueil Enjeux 5 et mise en scène au Pulloff de Lausanne au mois de septembre, la jeune comédienne raconte comment le théâtre a profondément marqué sa vie. Une vie partagée avec un comédien dans un appartement lumineux de Lausanne.
À Vevey où elle est née en 1977, la petite fille de sept ans commence à écrire. Mais « dans son monde », elle n’est pas très scolaire et sa petite main se crispe sur sa plume. « Il faut dire que j’avais besoin de lunettes, et qu’on s’en est rendu compte plus tard », dit Anne-Frédérique Rochat en riant franchement. Elle voit alors une psychomotricienne qui lui conseille de faire du théâtre. Conseil suivi scrupuleusement puisque la petite fille suit des cours en amateur jusqu’à son entrée au Conservatoire de Lausanne. Là, Anne-Frédérique Rochat effectue un travail technique sur la prise de conscience de sa voix et de son corps, prend de l’assurance, rencontre des gens différents, « mais le plus beau, c’est le souvenir des copains, on était une classe super, il n’y avait pas de compétition saumâtre comme il y en a souvent ».
Sortie du conservatoire en juin 2000, la jeune fille joue environ dans deux pièces par an, dont Je vais te manger le cœur avec mes petites dents de Sandra Gaudin et Hélène Cattin à l’Arsenic de Lausanne et Matin et soir , une adaptation de Jon Fosse par Guillaume Béguin au 2.21, à Lausanne également. Elle garde des souvenirs très vifs d’une pièce jouée à la Comédie de Genève, parce qu’elle empruntait alors le studio d’une amie, situé sur le quai de l’Île et donnant directement sur le Rhône. Et surtout parce que cette pièce était La Cerisaie de Tchekhov, un auteur qui la passionne et l’illumine d’enthousiasme. Elle connaissait et appréciait Molière et Marivaux, mais elle rêvait de jouer les amoureuses de Tchekhov. Elle retrouve son sujet fétiche, l’intime, chez des dramaturges comme Jean-Luc Lagarce et Sarah Kane et des romanciers comme Siri Hustvedt.
Anne-Frédérique Rochat s’est mise à écrire elle-même il y a cinq ou six ans, lors d’une année creuse où ses projets de comédienne n’aboutissaient pas. « Je ne voulais pas passer ma vie à attendre et j’avais un désir de création, aussi. » En 2007, la publication aux Éditions Zoé d’un de ses textes dans le recueil La Suisse côté cour et côté jardin l’encourage vivement. En 2005, elle avait gagné le Prix de la Société suisse des auteurs à l’écriture théâtrale pour Mortifère , et Apnée est mis en scène et publié cet automne. Cette pièce raconte comment une jeune femme employée par un couple sans enfants fait exploser une folie bien enfouie sous une couche de secrets.
Anne-Frédérique rit une fois de plus lorsqu’on lui demande si le thème de la folie lui tient à cœur. « Oui ! La folie, la névrose des gens, c’est ce qui m’intéresse. Au début, je parlais de névroses habituelles, mais plus j’écris, plus ça devient grave. Les gens qui perdent pied me touchent beaucoup. » Le personnage de Clothilde en fait partie. Ses actes sont inexcusables, mais sa personnalité s’est construite à partir de manques et de grosses blessures. « Je ne crois pas que les gens naissent mauvais, et je ne sais pas ce que j’aurais fait à sa place. Et je suis attachée à elle, comme à tous mes personnages, sinon je ne pourrais pas écrire sur eux. »
Sa prochaine pièce – elle a écrit un des textes et elle assiste à la mise en scène – parle de tout autre chose : l’amour. Le collectif Iter, sur une idée de Louise Campanile et de Guillaume Béguin, met en scène vingt comédiens qui devront séduire autant de spectateurs dans un simulacre de « speed dating ». Le spectacle commence en décembre à Sierre, et l’on est curieux de savoir ce que notre jeune auteure dit de la séduction.