camPoche 56

L’Île intérieure. Les Yeux safran

Auteur
Genre
Roman
Année de parution
2011
ISBN
978-2-88241-304-8
Collection
camPoche 56
Nb. de pages
232

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Revue de presse
3

Le narrateur, en un flot continu, décrit sans indulgence «ce monde peuplé d’estropiés». Il est méchant, hargneux, coincé entre une mère qui le méprise et une sœur qui l’écrase de sa réussite.
Ses descriptions sont d’autant plus caustiques qu’il manifeste une grande retenue, avec un vif refus de toute familiarité. Il décrit les ambiances ordinaires et par un léger et invisible glissement leur donne un sens inquiétant.
Il essaie, après avoir assisté à la mort de sa mère, de se reconstruire. «Mes yeux hagards ne voient plus le monde tel qu’il est, horrible, menaçant, cruel et grotesque. Mais tel que je l’imagine: harmonieux, tendre, beau, trouble, étonnant.» Beau programme pour une dure réalité!

Le narrateur, en un flot continu, décrit sans indulgence «ce monde peuplé d’estropiés». Il est méchant, hargneux, coincé entre une mère qui le méprise et une sœur qui l’écrase de sa réussite.
Ses descriptions sont d’autant plus caustiques qu’il manifeste une grande retenue, avec un vif refus de toute familiarité. Il décrit les ambiances ordinaires et par un léger et invisible glissement leur donne un sens inquiétant.
Il essaie, après avoir assisté à la mort de sa mère, de se reconstruire. «Mes yeux hagards ne voient plus le monde tel qu’il est, horrible, menaçant, cruel et grotesque. Mais tel que je l’imagine: harmonieux, tendre, beau, trouble, étonnant.» Beau programme pour une dure réalité!

Juliette David
Le Messager suisse

De la malice du narrateur

De la malice du narrateur
Les Éditions Campiche ont eu raison de publier deux récits éblouissants d’Antonin Moeri. Le narrateur parle, le plus souvent. Fait mine de se raconter et aussitôt embarque le lecteur en des méandres qui touchent au cœur de l’âme humaine. Dans Les Yeux safran , il évoque, devant une tablée imperméable à ses propos, son admiration passionnée pour sa sœur virtuose. Qu’il ne parvient pas à emmener avec lui pour une cure pour son bien. Il l’emporte en pensées et c’est plus fort encore: le récit bascule en un dialogue intérieur avec son double, faisant croire en un premier élan à son ratage de vie pour, en un second temps, révéler combien les forts ne sont là souvent que pour compenser leurs faiblesses. Du grand art.

De la malice du narrateur

De la malice du narrateur
Les Éditions Campiche ont eu raison de publier deux récits éblouissants d’Antonin Moeri. Le narrateur parle, le plus souvent. Fait mine de se raconter et aussitôt embarque le lecteur en des méandres qui touchent au cœur de l’âme humaine. Dans Les Yeux safran , il évoque, devant une tablée imperméable à ses propos, son admiration passionnée pour sa sœur virtuose. Qu’il ne parvient pas à emmener avec lui pour une cure pour son bien. Il l’emporte en pensées et c’est plus fort encore: le récit bascule en un dialogue intérieur avec son double, faisant croire en un premier élan à son ratage de vie pour, en un second temps, révéler combien les forts ne sont là souvent que pour compenser leurs faiblesses. Du grand art.

Serge Bimpage
La Vie protestante, Genève, décembre 2011

Antonin Moeri en poche

Antonin Moeri en poche
Quand j’avais lu ces livres, j’avais été frappé par l’originalité de cette voix neuve. L’écriture y est servie par une distance ironique qui rend certains passages d’une drôlerie irrésistible. Elle est précise et joue sur des expressions toutes faites reprises avec ce même tremblement qu’on trouve chez Flaubert lorsqu’il utilise des clichés: un écho de pièce vide fait résonner les mots, empêche qu’on les prenne au premier degré mais refuse le deuxième degré souligné, reste entre deux.
Dans L’Île intérieur e, Moeri ne découpe pas son texte en paragraphes. Ce n’est pas gratuit, ça donne un rythme et une signification par le refus de hiérarchiser, de dissocier les événements: ils se retrouvent au même plan et concourent ainsi à la description de l’absurdité.
Le même effet se trouve dans son premier texte publié, prix de la revue [vwa] , et dans son premier roman: Le Fils à maman (Poche suisse), de même que s’y retrouvent des thèmes et le type de narrateur-personnage: un être falot, pâle, maigre, névrosé. Ici, c’est un acteur raté que handicapent des difficultés respiratoires. Le roman l’oppose à sa sœur, qu’il aime d’une manière ambiguë, musicienne exceptionnelle, pure, privilégiée, active. On y trouve aussi des discours sur l’écriture, sur l’artiste et sa fonction (jeter des perles aux pourceaux, leur dispenser une sorte de luminosité intense) et toutes sortes d’épisodes liés par aucune nécessité autre que l’écriture et la vision singulière du narrateur.
Ça commence dans une soirée mondaine, prétexte à impairs et présentation du personnage. Puis on voit le frère, la sœur lui propose de partir à Djerba, il y croise quelques personnages singuliers.
Dans Les Yeux safran , il s’agit d’autre chose. Safran, c’est la couleur de la mort: celle de la mère du narrateur, atteinte d’un cancer, et qui s’éteint petit à petit devant lui tandis que sa peau jaunit. Insomniaque et perdu, le fils s’efforce de capter, avec une extrême attention, les réactions intimes que les souvenirs ou les rêves sur elle provoquent.
Cette agonie et cette mort provoquent un déclic: le narrateur se met à écrire pour reconstruire son existence.
Les souvenirs évoquent Louis, l’ami d’enfance qui apprenait à fumer dans une cave, à voler à l’étalage ou à embrasser Caroline. On retrouve les portraits chargés dans lesquels Moeri excelle: un athlétique contrôleur de chemins de fer, «homme aux yeux globuleux d’un bleu transparent fichés aux extrémités d’un visage massif comme des boutons de culotte sur le masque burlesque d’un épouvantail». Un intellectuel: «Quand on lui demande de décrire ses occupations, il répond en enlevant ses fines lunettes de son auguste nez: je fais de la recherche. Sur quoi tout le monde se tait. La phrase a été martelée avec une telle assurance qu’on se dit: quelle surprenante arrogance de roquet chez cet âne accoutumé au silence.»
C’est que Moeri, à l’époque, en voulait aux individus plus qu’à la société. Fidèle disciple de Handke et de Thomas Bernhard, il empruntait à ce dernier l’invective et l’indignation. Dans le livre, il s’attache aux personnages, les suit dans l’avion, sur la plage, marchant. Tourne autour des images, recherchant des états de musique et de délire verbal. Pour écrire ensuite, la nuit, en vacances, en altitude, après un grand effort physique, dans des conditions de malaise existentiel et de solitude, des histoires vengeresses.

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Antonin Moeri en poche

Antonin Moeri en poche
Quand j’avais lu ces livres, j’avais été frappé par l’originalité de cette voix neuve. L’écriture y est servie par une distance ironique qui rend certains passages d’une drôlerie irrésistible. Elle est précise et joue sur des expressions toutes faites reprises avec ce même tremblement qu’on trouve chez Flaubert lorsqu’il utilise des clichés: un écho de pièce vide fait résonner les mots, empêche qu’on les prenne au premier degré mais refuse le deuxième degré souligné, reste entre deux.
Dans L’Île intérieur e, Moeri ne découpe pas son texte en paragraphes. Ce n’est pas gratuit, ça donne un rythme et une signification par le refus de hiérarchiser, de dissocier les événements: ils se retrouvent au même plan et concourent ainsi à la description de l’absurdité.
Le même effet se trouve dans son premier texte publié, prix de la revue [vwa] , et dans son premier roman: Le Fils à maman (Poche suisse), de même que s’y retrouvent des thèmes et le type de narrateur-personnage: un être falot, pâle, maigre, névrosé. Ici, c’est un acteur raté que handicapent des difficultés respiratoires. Le roman l’oppose à sa sœur, qu’il aime d’une manière ambiguë, musicienne exceptionnelle, pure, privilégiée, active. On y trouve aussi des discours sur l’écriture, sur l’artiste et sa fonction (jeter des perles aux pourceaux, leur dispenser une sorte de luminosité intense) et toutes sortes d’épisodes liés par aucune nécessité autre que l’écriture et la vision singulière du narrateur.
Ça commence dans une soirée mondaine, prétexte à impairs et présentation du personnage. Puis on voit le frère, la sœur lui propose de partir à Djerba, il y croise quelques personnages singuliers.
Dans Les Yeux safran , il s’agit d’autre chose. Safran, c’est la couleur de la mort: celle de la mère du narrateur, atteinte d’un cancer, et qui s’éteint petit à petit devant lui tandis que sa peau jaunit. Insomniaque et perdu, le fils s’efforce de capter, avec une extrême attention, les réactions intimes que les souvenirs ou les rêves sur elle provoquent.
Cette agonie et cette mort provoquent un déclic: le narrateur se met à écrire pour reconstruire son existence.
Les souvenirs évoquent Louis, l’ami d’enfance qui apprenait à fumer dans une cave, à voler à l’étalage ou à embrasser Caroline. On retrouve les portraits chargés dans lesquels Moeri excelle: un athlétique contrôleur de chemins de fer, «homme aux yeux globuleux d’un bleu transparent fichés aux extrémités d’un visage massif comme des boutons de culotte sur le masque burlesque d’un épouvantail». Un intellectuel: «Quand on lui demande de décrire ses occupations, il répond en enlevant ses fines lunettes de son auguste nez: je fais de la recherche. Sur quoi tout le monde se tait. La phrase a été martelée avec une telle assurance qu’on se dit: quelle surprenante arrogance de roquet chez cet âne accoutumé au silence.»
C’est que Moeri, à l’époque, en voulait aux individus plus qu’à la société. Fidèle disciple de Handke et de Thomas Bernhard, il empruntait à ce dernier l’invective et l’indignation. Dans le livre, il s’attache aux personnages, les suit dans l’avion, sur la plage, marchant. Tourne autour des images, recherchant des états de musique et de délire verbal. Pour écrire ensuite, la nuit, en vacances, en altitude, après un grand effort physique, dans des conditions de malaise existentiel et de solitude, des histoires vengeresses.

Source

Alain Bagnoud
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